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Tome premier.
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XfiNOPHON.

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tifiant son corps par l’exercice il peutde nouveau se representer au combat:un fitat subjugue esperera, avec le se-cours de ses allies, reparer ses pertes,au lieu qu’un homme qui connait lasuperiorite d’un autre se soumet ä luivolontiers et sans contrainte. — Ti-grane, tu me parais croire que les hom-mes violens ou injustes, que les voleurs,que les fourbes ne connaissent pointd’hommes moderes, equitables , en-nemis du vol et de la fraude : tu ignoresdonc que ton pere, en nous trompantconstamment, en rompant tous les trai-tes, savait que nous observions scrupu-leusement ceux conclus avec Asiyage?— Aussi, prince, je ne dis pas qu’ilsuffise, pour devenir sage, de connai-tre des gens qui vaillent mieux que soi,ä moins qu’on ne se trouve, commemon pere, sous la main d’un pluspuissant. — Mais ton pere n’a point en-core eprouve de mal; je congois pour-tant qu’il a tout ä craindre.— Eh bien,Cyrus, imagines-lu rien qui abatle plusl’äme qu’une crainte violente? Ne sais-tu pas que des hommes blesses parl’epee, instrument des plus fortes pu-nitions, veulent encore se venger, aulieu qu’on ne peut regarder en faceceux que l’on craint, lors meme qu’ilsparlent avec le ton de la clemence? —Tu crois donc que la crainte d’ötre punitourmente plus que la punition? —Toi-meme tu n’en pourrais douler : tusais dans quel accablemenl tombentceux qui craignent l’exil, ceux qui, äl’inslant du combat, craignent d’ßtrevaincus, ceux qui, en s’embarquant,apprehendentlenaufrage, ceux qui sontmenaces d’esclavage ou deprison ; tousces malheureux ne peuvent, dans leureffroi, ni manger, ni dormir: mais lesuns une fois exiles, les autres ou vain-cus ou asservis, on les voit tous mangeravec plus d’appetit et dormir plus tran-

quilles que des hommes lieureux. Desexemples expliqueronl encore mieux ceque c’est que le fardeau de la crainte.On a vu des gens qui, dans la craintede mourir s’ils elaient pris, se don-naient la mort, les uns en se precipi-lant, les autres en s’etranglant, d’autresen segorgeant: tant il est vraique, detoutes les passions, la crainte est cellequi ebranle le plus forlement nos ämes.Te figures-lu l’etat actuel de mon pere,qui redoute l’esclavage pour lui, pourla reine, pour moi, pour tous ses en-fans? — Je n’ai pas de peine ä croire äcette dechirante Situation de son äme;mais je sais aussi que l’homme insolentdans la prosperite, faible et petit dansles revers, reprend , s’il se releve de sachule, et son ancienne arrogance et sespremieres manceuvres. — Nos faules, ilest vrai, t’aulorisent ä te defier de nous:mais ne peux-tu pas construire de nou-velles forteresses, te rendre ntaitre denos places fortes, l’assurer de notre fi-delite par toutes sortes de voies? Ja-mais tu ne nous entendras nous plain-dre : nous n’oublierons pas que nousnous sommes atlire nos mallieurs. Si tudonnes l’Armenie ä quelqu’un de tesfavoris qui ne t’ait point manque, etque tu la lui donnes avec des precau-tions qui annoncent de la defiance,crains que, pour prix d’un pareil bien-fait, il ne te regarde plus comme ami.D’un autre cöte, si, de peur d’encourirsa haine, tu ne lui imposes point unfrein qui le rctienne dans le devoir,tremble qu’il n’ait bientöt plus besoinque nous d’etre ramene ä la raison. —En verile, Tigrane, j’aurais de la repu-gnance ä employer des gens dont jesaurais ni: devoir les Services qu’ä lacontrainte : il me semble que je suppor-terais plus facilement les faules d’unhomme qui, avec de bonnes intenlions,avec un sincere atlachement, scconde-