LA CYR0P&JIE. - LIV. III. G53
la störilite de votre sol? — Oui, Sei-gneur.— Eh bien, voudriez-vous qu’ilvous fülpermisde cultiver dans l’Armö-nie aulant de terrain qu’il vous plai-rait, ä la Charge de payer au roi les me-ines redevances que ses sujets? — Oui,mais avec la cerlitude qu’on ne nousfera point d’injustice. — Et loi, roid’Armenie, voudrais-tu qu’ils cultivas-sentcheztoi les terresincultes, enpayantles impöts ordinaires? — Je donneraisbeaucoup pour favoriser ce projet; mesrevenus en recevraient un grand ac-croissement. — Vous, Chaldeens, vousavez des montagnes remplies de pätu-rages; consentiriez-vous que les Arme-niens y menassent Ieurs troupeaux,pourvu que ceux äqui ils appartiennentvous payassent un droit raisonnable?— Tres-volontiers; c’est nous offrir duprofit sans peine. — Roi d’Armenie,d6sirerais-tu jouir de ces päturages, sien accordant aux Chaldeens une legereindemnite, tu en retirais un grand avan-tage? — Assurement, si j’esperais enjouir avec sürete. — Ne jouirais-tu pasd’une entiere sürete, ayant une garni-sonsur la monlagne? — Oui. —Mais,reprirent les Chald6ens, que les Arme-niens soient maitres des hauteurs, loindepouvoir cultiver sürementleschampsqu’ils nous cederont, nous ne pourronspas möme cultiver les nötres. — Si lagarnison vous protegeait? — Alors nosaffaires iraient bien. — Les nötresiraient mal, reprit le roi, si on leurrendait leurs monlagnes, surtout mu-nies d’une forteresse. — Yoici donc,ajouta Cyrus, ce que je ferai : je ne con-fierai la garde des hauteurs ni aux Ar-meniens ni aux Chaldeens; je m’enCharge : et si Tun des deux peuplesnuil ä l’autre, je defendrai l’offense. »On applaudit ä la proposition; l’onconvint que c’elait le seul moyen derendre la paix durable : puis les deux
peuples se jurerent foi muluelle, auxconditions qu’ils seraient independansTun de l’autre, qu’ils s’allieraient pardes mariages, qu’ils jouiraient en com-mun des terres labourables et des pätu-rages ; enfin, que si l’un etait attaque,l’autre fournirait des troupes. Ainsi futconclu ce traite, qui dure encore au-jourd’hui, entre les Chaldeens et leroi d’Armenie. Aussitöt les deux peu-ples travaillerent de concert ä la con-structionde la forteresse, gage de leurfelicite commune, et y transporterentles materiaux.
Le soir möme, Cyrus, ne voyant eneux que des amis, les invita tous ä sou-per dans sa tente. Pendant lerepas, unChaldeen se mit ä dire qu’ä la verilecette alliance serait agreable ä la majo-rile de la nalion; mais qu’il y avaitdes Chaldeens que l’habitude du pil-lage et du melier des armes rendait in-habiles aux travaux de l’agriculture.Ils n’ont d’aulre occupation que de pil-ler, et de se mettre tantöt ä la solde duroi des Indes, car il possede de grandstresors, tantöt aussi ä lasolded’Astyage.« Que ne viennent-ils avec nous? ditCyrus; ils n’auront eu nulle part uneplus forte paye. » Tous repondirentqu’oui, qu’il s’en trouverail beaucoupd’empresses ä le servir. Voilä ce quifut arrete de part et d’autre. Cyrus, enapprenant que les Chaldeens avaient defrequentes relations avec le roi del’Inde, et se rappelant que ce princeavait envoye en Medie des ambassa-deurs, qui elaient alles ensuite en Assy-rie pour examiner l’etat de ces deuxroyaumes, resolut d’instruire lui-memele monarque indien de ce qu’il venaitde faire. « Roi d’Armenie, dil-il, etvous, Chaldeens, si j’envoyais un am-bassadeur au roi de l’Inde, voudriez-vous lui associer quelques-uns de vossujets, qui pussent lui servir de guides,