LA CYROPÄDIE.
L1V. IV.
heurs; car les ennemis savent ce quinous amene. En allant vigoureuse-ment ä eux, en les attaquant avec in-trepidile, vous les verrez, comme desesclaves fugitifs que l’on retrouve , lesuns se jcter ä vos genoux , les aulress’enfuir, d’autrcs ne savoir quel partiprendre. C’est quand ils seront vaincusqu’ils nous apercevront; ils seront as-saillis sans se douter que nous appro-chons, Sans pouvoir ni se ranger en ba-taille, ni se preparer au combat. Si doncnous voulops souper gaiment, dormirtranquilleset vivre desormais heureux,ne leur donnons le loisir ni de delibe-rer, ni de faire d’utiles preparatifs, nimente de reconnaitre qu’ils ont affaireä des bommes: qu’ils ne voient que desboucliers, que des epees, que des ha-ches, que des plaies. Vous, Ilyrca-niens, vous marcherez en avant pourcouvrir notre front, afin que la vue devosarmesentretienne lepluslong-tempspossible 1’erreur des ennemis. Lorsquejeserai pres de leur camp, qu’on laisseaupres de moi un escadron de chaquenalion, dont je puisse me servir, sui-vant les circonstances, sansquitter monposte. Vous chefs et vous vieux soldals,si vous etes prudens, marchez serres,de peur qu’en donnanl dans un epaisBataillon vous ne soyez vepousses. Lais-sez les jeunes gens poursuivre; qu’ilsfassent main-basse; le plus sür pournous est d’epargner le moins possibled’ennemis. Si nous remportons unevictoire complele , abstenons-nous dupillage; trop souvent il a ruine lesvainqueurs. Le soldat qui s’y aban-donne n’est plus qu’un goujat qu’il estdes lors permis de traiter en esclave.Soyez convaincus qu’il n’y a rien deplus lucratif que la victoire; celuiqu’elle couronne tient enlre scs mainsles hommes, les femmes, les richesses,de vastes pays. IS’ayons d’autre objet
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que dela conserver; le pillard meme,avec son butin, retombera en notrepuissance. Souvenez-vous, en poursui-vant les fuyards, de rentier de jour aucamp;car, la nuit venue, on ne rece-vra plus personne. » Apres ce discours,il renvoya les officiers cbacun ä leurposte, et ordonna qu’en s’y rendant ilsrepelassent les meines choses aux dizai-niers, qui elant au premier rang,setrou-vaient ä portee d’entendre. Quant auxdizainiers, ils communiqueraient lesmemes ordres a leurs dizaines. L’armeecontinua sa marche. Les Hyreaniens fai-saientl’avant-garde; Cyrus, avec les Per-ses, occupait le centre; la cavalerie,comme cela devait 6(re, etait placee surles ailes.
Bientot le jour eclaira Ics Assyrienssur leur sort : les uns elaient etonnesde ce qu’ils voyaienl, d’autrescommen-?aient ä reconnaitre le danger, les au-tres donnaient des nouvelles. Ici oncriait aux armes, lä on deliait les che-vaux , ailleurs on pliait le bagage ; lesuns delachaient precipitamment les ar-mes chargees sur les betes de somme;d’autres s’armaient ou sautaient surleurs chevaux, ou leur mettaient labride; ceux-lä faisaient monier leursfemmes dans les chariots, ceux-ci sechargeaienl de leurs effets les plus pre-cieux, comme pour les sauver; on ensurprenait qui travaillaient ä les en-fouir. Mais la plupart cherchaienl leursalut dans la fuite. On s’imagine aise-ment qu’ils firent tout, excepte de sedefendre; ils perissaient sans coup ferir.
Comme on etait en ete, Cresus, roide Lydie, avait fait partir ses femmesla nuit dans des chariots, afin que lafraicheur leur rendit le voyage moinsincommode; il les suivait avec sa cava-lerie. Le roi de la Phrygie, situee surles bords de l’Uellespont, avait fait dememe j mais lorsque ces deux ptinces