LA CYROPfeDIE. — LIV. IV.
671
la pluparl des autres hommes. Nous nesommes point obliges, comme los Pre-miers , d’apprendre a liier de l’arc,nous le savons depuis long-temps; niä lancer lejavelot, nous le savons aussi.Nous n’avons pas les mömes enlravesquc la pluparl des hommes, qui sontcontraints, ceux-ci de culliver la terre,ccux-lä d’exercer un melier, d’autresde veil 1er ä leurs affaires domesliques.Pour nous, nous sommes soldats parftat; nous le sommes encore par ne-cessite. De plus, il n’en est pas icicomme de cerlaines praliques miliiai-res, qui sont uliles, mais penibles.N’est-il pas, en effet, plus doux devoyager ä cbeval qu’ä pied ? n’esl-ilpas agreable de pouvoir , dans une oc-casion qui exige de la celerite, volerau secours d’un ami; de pouvoir aliein-dre ä la course un animal, un homme?N’est-il pas commode de charger soncheval de ses armes? c’est les avoir sanscesse sous la main. On pourrail appre-hender que, s’il faut combaltre ainsiavant de savoir manier nos chevaux ,nous ne cessions d’etre bons fanlassins,sans ötre devenus bons cavaliers. II estencore facile de dissiper celie crainte.Nous serons 1 ihres de combaltre ä pied,quand nous le voudrons ; et il n’y a pasd’apparence que les le^ons d’cquitationnous fassenl otiblier les manoeuvres del’infanterie. »
Lorsque Cyrus eut fini son discours :
« Seigneur, dit Chrysanle, je brüled’apprendre ä monter ä cheval; je mefigure que, devenu hon cavalier, je se-rai un homme aile. Mainlenant quandje cours contre un homme but a but,je m’eslime heureux si je le precedeseulement de la tele. Je suis eonlentsi, voyant un animal fuir devant moi,je parviens en courant ä l’approcherassez pour l’atleindre d’un javelot oud’une fleche avaul qu’il soil trop eloi-
gn6. Quand je serai homme de cheval,je pourrai porter la morl ä un ennemiä quelque dislance que je l’apercoive.Si je poursuis des böles fauves, je lesjoindrai d’assez pres, les unes pour lespercer de la main, les autres pour lesajuster aussi sürcment que si elleselaient immobiles; car quelque agilesque soient deux animaux, lorsqu’ilss’approchent, ils sont Tun ä l’egard del’auire comme prives de mouvement.Aussi enlre les etres animes, n’en est-il pas ä qui j’aie porte plus d’enviequ'aux hippocentaures, s’il est vraiqu’ils aient existe avec la prudence del’hommepourraisonner,avecdesmainspour agir, avec la vitesse et la force ducheval pour atieindre ce qui fuyait etterrasser ce qui resistait. En devenantcavalier, je reunirai tous ces avantages;je me servirai de mon äme pour pre-voir, de mes mains pour porter des ar-mes, de la vitesse du cheval pour cou-rir, de sa force pour renverser ce quime r&istera. D’aiileurs, je neformeraipas, comme les hippocentaures, unmeme corps avec mon cheval; ce quivaul mieux que d’y ötrealtaehe par unlien naturel et indissoluble. Je m’ima-gine que de tels etres ne devaient niuser de cerlaines commodites inventeespar les hommes, ni jouir de cerlainsplaisirs que la nature accorde aux che-vaux. Pour moi, quand je serai cava-lier, je ferai, ä cheval, ce que faisaientles hippocentaures; mais je pourrai,etant ä pied, manger, me vetir, mecoucher comme les autres hommes, deSorte que je serai un hippocenlauredont les parties peuvent ölre separeesou rejointes ä volonte. J’aurai encorecetavanlage sur l’hippocentaure, qu’iln’avait que deux yeux pour observer etdeux oreilles pourentendre; au lieu quemoi j’aurai quaire yeux et quatre oreil-les, J’ai out dire, en effet, quele che«