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Tome premier.
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681
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JA CVROPtDlE.

UV. V.

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« A ces mots, eile dechira le voilequi lui couvrait la tete, poussant, eileet ses femmes, des cris lamentables.Ce desordre nous ayant laisse voir laplus grande parlie de son visage, soncou, ses mains, nous avons juge qu’ilne fut jamais en Asie une mortelleaussi parfailement belle ; mais, Cyrus,il faut que tu la voies. —■ J’en suisbeaucoup moins tenle, si eile est teileque tu la depeins. — Pourquoi? —Parce que si je me laissais, au seul re-cit de sa beaute, persuader de lavoir, ayant peu de loisir, je craindraisqu’elle-meme ne me persuadät plusaisement encore de la revoir, et que jene negligeasse les affaires dont je doism’occuper pour me lenir sans cesseaupres d’elle.

« Penses-tu, seigneur, reprit Araspeen riant, que la beaute puisse contrain-dre un homme ü agir contre son de-voir? Si la beaute avait ce pouvoir, nerexercerait-elle pas egalemenl sur tous?Voyez le feu, il brüle tous ceux quil’approcbent , parce qu’il est de sanalure de brüler. Quant aux bellesper-sonnes, les uns en deviennent amou-reux, les autres les voient d’un oeil in-different ; d’ailleurs, autant d’hommes,autant de goüts differens. L’amour de-pend de la volonte; on aitne qui l’onveut aimer. Le frere n’est point amou-reux de sa soeur, ni le pere de sa fille;et toutes deux ont d’autres amans. Deplus, la crainle des lois peut reprimerl’amour. Mais si on publiait une loi quidefendit d’avoir faim quand on a be-soin de manger, d’avoir soif quand onest altere, d’avoir froid l’hiver, et chaud1 ete, nulle puissance ne la ferait obser-ver, parce que l’homme est naturel-lement subjugue par ces differentesscnsations. L’amour, au contraire, estsoumis ä la volonte; chacun attache li-brement son affection aux objets qui lui

plaisent, de möme qu’on aime de pre-ference tel vetement, teile chaussure.

« Si l’amour est volontaire, repliquaCyrus, comment n’esl-on pas maitre decesser d’aimer quand on le veut? J’aivu des gens pleurer de la douleur quel’amour leur causait, et neanmoins ser-vir en esclaves l’objet de leur passion,eux qui, avant d’aimer, regardaient laservitude comme un Ires-grand mal; jeles ai vus donner beaucoup de chosesdont il ne leur etait pas avantageux dese priver, et desirer d’etre delivres deleur amour comme d’une maladie, sanspouvoir se guerir, lies par une puis-sance plus forte que des chaines de fer.Aussi les amans se montrent-ils gra-tuilement esclaves de la personne qu’ilsaiment; et, malgre les tourmens qu’ilseprouvcnt, loin d’entreprendre de sesoustraire ä son empire, ils craignentsans cesse qu’elle ne leur echappe.

« Ce que tu dis est vrai, teile estleur condition,reparlit lejeune Araspe;mais de leis amans sont des läches :aussi se croient-ils assez malheureuxpour desirer de mourir , quoique avecrnille rnoyens de sortir de la vie ils nela quittent pas. Ce sont des hommes dece caractere qui cedent au desir de vo-ler et de s’emparer du bien d’autrui :neanmoins quand ils ont ou vole ou de-robe, tu le sais, tu es le premier ä leuren faire un crime; tu les punis sansmisericorde, parce qu’ilsn’etaient pointcontraints ä voler. J’en dis autant de labeaute; eile ne conlraint pas ä aimer ,ä eommettre des actions injustes. Sansdoute il est des hommes vils que leurspassions maitrisenl, et qui en accusentl’amour; mais les hommes honneteset vertueux ont beau desirer de l’or,de bons chevaux , de belles femmes;ils savent s’en passer plutöt que de seles procurer par une injustice. Ainsi,quoique j’aie vu la captive susienne,