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Tome premier.
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LA CYROPt'.DlE.

LIV. V.

grands biens dont tu la doteras ne se-raient pas un motif de rechercher tonalliance avec plus d’empressement.Ceux-lä memeenvientaujourd’huimonsort et demandent ä tous les dieux depouvoir montrer un jour qu’ils sontaussi fideles que moi envers leurs amis;qu’ils ne cedent jamais ä l’ennemi lantqu’ils ont un souffle de vie, ä moinsqu’ilsn’aient leciel contreeux,et qu’ilsfont plus de cas de la vertu et de labonne renommee que de ton opulencejointe ä celle des Syriens et des Assy-riens. Ce sont des hommes de ce carac-tere que tu vois ici. — Au nom desdieux, seigneur, reprit Gobryas en sou-riant, indique-les-moi, afin que je t’endcmande un pour mon gendre. — Tun’auras pas besoin de moi pour les con-nailre. Viens avec nous : bienlöt tu se-ras toi-möme en elat de les faire con-naitre aux autres. »

Cela dit, Cyrus prit la main de Go-bryas , se leva et partit avec toute sasuite. On le pressa vivement de souperdans le chäteau; il voulut retourneraucamp, et emmena Gobryas souper aveclui. Lorsque le prince fut couche surun monceau de feuillages. « Dis-moi,Gobryas, crois-tu avoir plus de lits quechacun de nous? — Certes, vous posse-dez plus de tapis et plus de lits quemoi; votre maison est aussi beaucoupplus vaste que la mienne, vous dontl’habitation est la terre entiere et lavoüte des cieux. Ainsi vous avez aulanlde lits qu’il y a de places sur la surfacede la terre : vous avez pour tapis, nonla depouille des brebis, mais les brous-sailles qui croissent sur les montagneset dans les champs. »

Gobryas, qui mangeait pour la pre-miere fois avec les Perses, et voyait lesmets grossiers qu’on leur servait, jugeaque ses gens elaient beaucoup mieuxtrailes, surlout quand il eut remarque

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la temperance des convies. En effet,quelque espöce de mets ou de boissonqu’on presente ä un Perse forme auxecoles publiques, il n’y jette point unoeil avide, il n’y porte pas une mainempressee; son esprit cälme n’est pasmoins capable de reflexion que s’il n’e-lait pas ä lable. Ainsi qu’un bon cava-lier conserve ä cheval toute sa tete, etpeut, en faisant route, examiner, ecou-ler, parier ä propos, de meme, disentles Perses, on doit en mangeant restermailre de son äme et de son appelil. 11n’apparlient, selon eux, qu’ä des chiens,qu’ä des bötes voraces d’eprouver quel-que emotion ä la vue du boire et dumanger.

Gobryas remarqua aussi qu’ils se fai-saient mutuellement de ces questionsauxquelles on aime ä repondre; qu’ilss’agagaient par des plaisanteries dont ons’applaudit ordinairement d’elre l’ob-jet; qu’ils allaient quelquefois jusqu’äla raillerie, mais de maniere qu’il n’yenträt ni parole oflensante, ni geste in-civil, ni aucun signe d’aigreur. Ce quilui sembla surtout digne d’eloge futde voir que les chefs ne prelendaient pasä une portion de vivres plus considera-ble que le simple Soldat qui partageaitavec eux les niemes dangers; qu’ils necroyaient faire un bon repas que lors-qu’ils echauffaient le courage de leurscompagnons d’armes. Aussi Gobryas,se levant pour s’en retourner, dit ä Cy-rus : « Je ne suis plus surpris, Cyrus,qu’avec tout notre or, nos vases pre-cieux, nos vetemens, nous valionsmoins que vous. Nous meltons, nous,tous nos soins ä les amasser; vous netravaillez, vous et vos Perses, qu’ävous rendre meilleurs. — A demain,Gobryas, reprit Cyrus; viens nous join-dre des le matin avec tes cavaliers toutarmes ;j’examinerai l’etat de tes forces;puis tu dirigeras notre marche ä travers