IA CYROPiäDIE. — UV. V. 697
rer quel etait le parti le plus sür? Je nenourrissais qu’un sentiment au fond demon cceur; je me demandais impatiem-ment quand enfin je me vengerais d’unbarbare, abhorre des dieux et des hom-mes, qui porte une haine irreconcilia-ble, non ä ceux qui l’offensent, mais äcelui qu’il soupconne valoir mieux quelui. Aussi, pervers comme il esl, ja-mais il n’aura pour allies que des hom-mes encore plus pervers que lui. Siparmi ces allies il en decouvre un dontle merite lui fasse ombrage, crois, Cy-rus, que tu n’auras point ä combattrecet homme de merite; laisse agir leroi, il tentera tout pour le perdre. Ce-pendant, avec ses vils satellites il luisera facile de me nuire. »
Cyrus, jugeant que l’inquietude deGadalas etait fondee, lui röpliqua :« Que ne mets-tu dans tes places desgarnisons assez fortes, pour y trouversürete quand il te plaira d’y aller? Quene nous suis-tu? Si les dieux conti-nuent de nous proteger, ce sera plutötä l’Assyrien de te redouter qu’ä toi dele craindre. Viens avec moi, emmeneles personnes que tu aimes ä voir, etdont la soeiete le plait. Je ne doute pasque tu ne nous serves encore tres-utile-ment; je le promels, de mon cöte, tousles secours qui dependront de moi. »Gadatas, commen^ant ä respirer: « Sei-gneur, dit-il, aurai-je le temps d’ache-ver mes preparatifs avant que tu quittesces lieux? Je voudrais emmener mamere. — Le temps ne te manquera pas,repondit Cyrus; je ne partirai point quetu ne m’aies averti que tu es pröt. »Gadatas soriit sur-le-champ : il eta-blit, de concert avec Cyrus, des garni-sons dans les cbäteaux qu’il avait re-pares, et rassembla tout ce qui pouvaitetre necessaire pour tenir un grand etat.11 choisit ensuite, pour partir avec lui,plusieurs de ses sujets; les uns, parce
qu’ils lui etaient agreables; les autres,parce qu’ils lui etaient suspects. 11 exi-gea des derniers qu’ils emmenassent,ou leurs femmes ou leurs soeurs : ceseraient autant de liens qui les retien-draient.
Gadatas avec sa suite accompagnaitCyrus, lui indiquant les chemins et leslieux abondans en eau, en fourrages,en vivres, afin que l’armee ne campätque dans des cantons fertiles.
Lorsqu’on fut arrive ä la vue de Ba-bylone , Cyrus , s’apercevant que laroute suivie aboutissait aux murs de laville, appela Gobryas et Gadalas, et leurdemanda s’il n’y avait pas un aulre che-min qui les approchät moins des mu-railles. « Seigneur, repondit Gobryas,il y en a plusieurs autres; mais j’aipense que tu desirerais passer le pluspres possible de la ville, afin de mon-tier ä l’ennemi le nombre et le bon etatde tes troupes. Je me souviens que, dansle temps oü eiles etaient beaucoupmoins nombreuses, tu vins si pres desfortifieations, que les Assyriens pou-vaient aisement reeonnaitre la medio-crite de tes forces; aujourd’hui, quel-ques preparatifs qu’ait fails le roi pourte recevoir (car il t’annoru;a pour lorsqu’il allait y travailler), je presume que,des qu’il aura vu de pres ton armee, ilse croira mal prepare. — Gobryas, re-pliqua Cyrus, tu me parais surpris quedans le temps oü je suis venuici, avecdes troupes moins considerables, je lesaie conduites jusque sous les murs, etque, dans ce moment oü leur nombreest augmente, je ne veuille plus les enapprocher: cesse de t’etonner. Il est dif-ferent, Gobryas, de mener une armeeä l’ennemi, ou de vouloir seulementpasser ä sa vue. Dans Je premier cas, onavance suivant l’ordonnance la plusavantageuse pour le combat: dans le se-cond, un general prudent songe moins