808
JOURNAL RES OPERATIONS MILITA1RES
enfin l’on parvint par eile ä substanterl’armde jusqu’au 1 er prairial.
Alors les embarras les plus cruels sefirerit sentir. II n’existait plus de quoifaire pour deux jours le pain döjä simauvais que l’on distribuait aux trou-pes. Dans cette exlremitö, le genöralen chef, qui pensait si justement quegagner du temps etait tout gagner,mit tout en ceuvre pour prolonger l’a-gonie.
A ceteffet, il fit ramasser toutce qui,existait en amandes, en graine de lin,en amidon, en son, en avoine sauvageet en cacao; et, amalgamant le tout,il en fit faire une composition que l'ondonna au lieu de pain. 11 est impos-sible de rien imaginer de plus degou-tant que cette nourriture, que la dififi-cultc de sa manutention achevait derendre exöcrable, qui n’etait qu’unmastic pesant, noir, amer, et telle-ment imbibe par l'huile du cacao etdu lin,qu’iln’avaitaucune consistanceet n’ötait susceptible d’aucune cuis-son (1).
Le besoin de diminuer les maladiesque cette nourriture multipliait döter-mina ä distribuer en möme temps auxtroupes du fromage, le peu de legu-mes verts que l’on pouvait se procurer,et quelques salaisons, de möme quel’on distribua aux officiers des rationsde chocolat. Dans les höpitaux, ou lesbesoins ötaient doublement cruels etoü l’on manquait de tout, on recevaitä peine un peu de pain de son et quel-ques mauvaisesconfitures que l’on au-rait encore ete bientöt oblige de sup-primer (ä cause du mal qu’eiles firent),quand möme ce qu’ori put en trouvern’aurait pas ete de suite epuise.
(1) On ne peut donner une idee de cettecomposition qu’ep la conspartmt a de la toqrb?unbtb# d'büite.
A peu prös dans ce temps, l’ordon-nateur Aubernon fit faire un essai quiprouve encore combien le desir de secröer des ressources etait en propor-tion de leur manque total. Cet essaiconsista ä faire secher dans les foursde la ville les epis encore verts deschamps de ble qui se trouvent cntreles deux enceintes de la ville, pour voirsi l’on pourrait en retirer quelquechose qui ressemblät ä de la farine.Mais les grains ölant encore trop jcu-nes, leurs epis ne renfermaientqu’unesubstance laiteuse, et presque tous fu-sbrent. Le pclit nombre de ceux quietaient plus form6s donna en sechantune espece de semoule, encore en sipetite quantitö, que dans huit jourstous les fours de la ville auraient äpeine sulTi pour distribuer aux troupesde quoi faire une soupe.
L’espörance que cette idöeavait faitconcevoir s’övanouit donc par cetteexpörience et fut mise au nombre desbeaux röves.
C’est ainsi que , par des efforts sur-naturels, le devouement leplus rare etle plus constant, fit d’une part multi-plier les ressources, et de l’autre sou-tint le courage avec lequel les troupessupporlcrent leurs privalions, leurs fa-ligues et leur misere, et surtout fit re-cevoir, sans de trop vives plaintes,cette espöce de pain auquel cependantsi peu d’estomacs pouvaient rösister.
Les chiens rendaient ce pain aprösl’avoir avald: chez les hommes, il ajou-tait la fiövre ä cette marque d’indi-gestion.
A onze heures du matin, l’aide-de-camp du genöral Gazan arrive chez legenöral en chef et le prövient que l’onentend le canon du cöte de la Bochet-ta, et la fusillade du cöte de Campo-Fredo,
TouMeg ömirwit«l*>örs che»