JOURNAL DES OPERATIONS MlLITAIRES
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Tous Ies traits etaient decomposes,toutes les figures portaient i’cmpreinted’une profonde douleur ou d’un som-bre d6sespoir; les rues retentissaientdes cris les plus dechirans; de touscöt6s la mort mullipliait ses viclimcs ,et l’dpidCmie dövastatrice et la faimdövorante, mettant le comble ä tantd’horreurs, exerpaient ä l’envi des ra-vages effrayans; toutenfin, dans cesaffreux momens, semblait tomber endissolution, et le peupie et l’armee (I).
Relativement ä Gßnes, on ne peuts’empöcher de l’observer ici, la con-duite de cette malheureuse ville laisseun grand exemple de riisignalion (2)1Qui pourra jamais croire, en effet, quecentsoixante mille ämes.si long-tempsen proie a toutes les horreurs de lafamine, voyant mourir de besoin unnombre prodigieux de vieillards etd’enfans, rßduits ä vivre d’herbes, deracines et d’animaux immondes oumorts de maladie, et malgr6 le d£p6-rissement Evident de leur sante, sesoient d&ermines ä prolonger tant decalamit6s, plutöt que de tenter unerövolte contre une troupe faible parson nombre, mais bien plus faible parson etat physique, et pendant que detous cötes on excitait ce mßme peupieä profiter de l’aneantissement de l’ar-mCe, pour terminer, disait-on, les souf-frances de tous (3); effet, a jamais re-marquable, de ce que peuvent sur unpeupie les inimitiös nationales, et dece que produisit, dans cette occasion,
(1) Pendant cc blocus, le jour naissant asouvent dclaird dans Genes d’horribles ta-bleaux.... A diffdrentes repriscs, ilestarrivd, aces heures, de trouver dans les rues des cada-vres entasses, des ineres moriesde faim, ayantausein des enfans morlscommeelles! etc.
(2) Si les Tranfais fircnt, en 1746, causecommune avec les Genois, contre les troupestja I' iutriche et du Wroont il fant ecnvanir
la haine des Genois contre le gouver-nement autrichien.
Mais il y a plus ä cet egard : c’estque le peupie, saus argent faute detravail, sans alimens ä cause du prixexcessif du peu de denrees que l’onvoyait, reduit a la misfere la plus hi-deuse, et livre ä toutes les ealamitcs,n’a jamais enleve un pain, ni dans lesboutiques, ni dans les ruesdeGCnes,et que plus de quinze mille ämes ontainsi expire de besoin ä cöle du painqui aurait (momentanömentdu moins)pu les arracher au tombeau.
Cependant l’heure de la dölivranceavait sonne; mais eene fut qu’aprbsune discussion de neuf heures, et danslaquelle les nCgociateurs fran^ais voi-lerent, par une contenance froide etassuree, et par une energie toujourssoutenue, le sentiment profond etdouloureux que l’Ctat dans lequel ilssavaient I’armCc et la ville, ne pouvaitmanquerde faire nailre en eux, qu’ilsparvinrent ä annuler les efforts qu’unepolitique savante leur opposa de lapart des nögociateurs ennemis, etqu’ils remplirent les intentions du ge-neral en Chef.
Cette confCrence se termina le 15, htrois heures du matin, et l’adjudant-g£n6ral Andrieux, ainsi que le citoyenMorin, porterent de suite au gen6ralen chef, qui les attendait avec 1‘impa-tience inseparable de sa position, desconventions qui honoraient et l’armeeet son chef.
que les habiians de la ville de Genes arquiltA-rent, dans celte occasion, la detle conlractiepar eux sous M. de Bnufflers.
(3) Des Francais memc furent assez scöldratspour parlager ce löle infame, pour provoquerle rnassacre de l'armee, et peindre, sous les Cou-leurs les plus noires , la conduite hdrojque dageneral en chef.