210
§ in.
Le 21, on partit de Omcdinar, ä uneheure du matiu. Cette journöe devaitötre decisive. A la pointe du jour, onvit, pour la premiere fois depuis Chc-breiss, une avant-garde de Mamelucks d’un millier de chevaux, qui se replie-rent avec ordre et saus rien tcnter ;quelques boulets de notre avant-gardeles tinrent en respect. A dix heures,nous aper^urnes Embabeh et les cnne-mis en bataille. Leur droite etait ap-puyee au Nil , oü ils avaient pratiqueun grand camp retranche, arme dequarante pieces de canons, et defcndupar une vingtaine de mille liommesd’infanterie, janissaires, spahis et mi-lice du Caire . La ligne de cavaleric desMamelucks appuyaitsa droite au campretranchö, et ötcndait sa gauclie dansla diredion des Pyramides, ä chevalsur la route de Gizeh. 11 y avail envi-ron neuf a dix mille cbevaux, autantqu’on en pouvait juger. Ainsi l’armöeentiere etait de soixante mille hom-mes, y compris rinfantcrie et les hom-mes ä pied qui servaient cliaque cava-lier. Peux ou trois mille Arabestcnaient l’extröme gauclie, etrcmplis-saient l’intervallc des Mamelucks auxPyramides. Ces dispositions etaientformidables. Nous ignorions quelle se-rait la Contenance des janissaires etdes spahis du Caire , mais nous con-naissions et redoutions beaucoup l’lia-bilete et l’impölueuse bravoure desMamelucks. L’armee fram;aise fut ran-güc en bataille, dans le möme ordrequ’a Cliebreiss, la gauclie appuyöe auNil , la droite ä un grand village. Legeneral Desaix commandait la droite,et il lui fallut trois heures pour se for-mer a sa position et prendre un peuhaieine. On reconnut le camp rctran-ch6 des ennemis, et on s’assura bien-
töt qu’il n’etait qu’ebauche. C’ötait unouvragc commence depuis trois jours,apres la bataille de Chebreiss. 11 secomposait de longs boyaux, qui pou-vaient etre de quelque eflet contreune Charge de cavalerie, mais noncontre une attaque d’infanterie. Nousvimes aussi, avec de bonnes lunettes,que leurs canons n’etaient point suraffut de Campagne, mais que c’etaientde grosses pieces en fer, tirees des bä-timens et servies par les equipages dela floltille. Aussitöt que le general enclief se fut assure que l’artillerie n’e-tait point mobile, il fut övident qu’ellene quitterait point le camp retranchö,non plus que l’infanlerie; et que, sicette derniere sortait, eile se trouveraitsans artillerie. Les dispositions de labataille devaient ötre une consequencode ces donnöes; on rösolut de prolon-ger notre droite, et de suivre le mou-vement de cette aile avec toute l’ar-m6e, en passant hors de la porlee ducanon du camp retranchö. Par cemouvement, nous n’avions affairequ’aux Mamelucks et a la cavalerie; etnous nous placions sur un terrain oüTinfanterie et l’artillerie de l’ennemine devaient lui ötre d’aucun secours.
§iv.
Mourah-Bey, qui commandait enchef toute l’armee, vit nos colonness’ebranlcr, et ne tarda pas ä deviner no-tre but. Quoique ce chef n’eüt aucunehabilude de la guerre, la nature l’avaitdoue d’un grand caractere, d’un cou-rage ä toute epreuve et d’un coupd’(Bil penötrant. Les trois affaires qu cnous avions eues avec les Mamelucks ,lui servaient dejä d’experience. Il sen-tit, avec une habilete qu’on pourrait apeine attendre du güneral curopöen leplus consomme, que le destiu de 1»