42 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE,
pinceau eût touché le papier, il s’était recouvert d’unecouche (le glace, et ne fit que rayer le feuillet sur lequel jele passai....
» A. quelque temps de là un des hommes étant allé sousun hangar pour exécuter un petit travail de menuiserie, mitentre ses lèvres un grand clou, comme font d’habitude lesouvriers ; un instant après, le froid l’avait collé tellement àsa bouche, que pour retirer le morceau de fer sans arracherla peau, il dut aller se faire dégeler auprès du feu.
» Le froid produisait aussi sur nos provisions des effetscurieux ; toutes les pommes tapées contenues dans un sacformaient une seule masse que la hache seule pouvait enta-mer ; il en était de même de la mélasse ; quant au jambon,il défiait le couteau le mieux affilé; pour en avoir unetranche, il fallait l’approcher du feu. Avec une pareille tem-pérature, nos conserves de viande se seraient gardées indé-finiment ; elles auraient même pu, en cas de siège, servirde mitraille. Les coqs de bruyère ou les lièvres que nousachetions aux Indiens seraient restés pendant un mois oudavantage aussi frais que le premier jour ; on n’avait certespas à craindre de les voir se faisander.
» La journée la plus froide de toute la saison eut lieu endécembre. Le 26 novembre, le thermomètre, qui les joursprécédents', accusait la température relativement assezdouce de 16° centigrades au-dessous de zéro, descendittout à coup à 27°, puis il continua de s’abaisser sans inter-ruption jusqu’au o décembre, où il descendit à 49° ; maisle temps était magnifique, le vent ne soufflait pas, il netombait pas un flocon de neige ; aussi nous souffrionsbeaucoup moins qu’il ne nous était arrivé par une tempé-rature de 13 ou 20° seulement....
.... » Les deux semaines de notre résidence au fortYoukon nous permirent d’apprécier combien doit être rudela vie que mènent pendant des années les colons européens.De l’élan bouilli à déjeuner, de l’élan bouilli à dîner, del’élan bouilli à souper, voilà le fond du régime alimentaire;le poste est tellement inaccessible qu’on y apporte fortpeu de provisions. Toutes les denrées du dehors doivent,