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DOMINION OU PUISSANCE DU CANADA. 53
do cette immense étendue de pays, et lui donna le nom deNouvelle-France 1 . Il périt dans un troisième voyage.
Dix ans après (1534), François I or reprit ses projets de colo-nisation. On rapporte que le roi disait un jour en plaisantant :« Eh quoi ! le roi d’Espagne et le roi de Portugal partagent» tranquillement entre eux toute l’Amérique , sans souffrir que» j’y prenne part comme leur frère. Je voudrais bien voir l’ar-» ticle du testament d’Adam qui leur lègue ce vaste héritage. »Un jeune marin de Saint-Malo , Jacques Cartier , sur la propo-sition de l’amiral Chabot de Brion, fut chargé d’une nouvelleexpédition. Plus habile ou plus heureux que ses devanciers, ils’assura que Terre-Neuve était une île ; et, dans un nouveauvoyage (1536), remonta le Saint-Laurent, en releva les bords,les îles, les récifs, jusqu’au village de Hochelaga, emplacementoù s’éleva plus tard Montréal . Dans un troisième voyage (1541)Cartier compléta ses découvertes, et revint mourir obscurémenten France . L’histoire honore en lui le découvreur du Canada et le promoteur de la colonisation canadienne . Sa ville natalegarda pieusement le souvenir du héros qui, au prix des pluscruelles épreuves, ouvrit à sa patrie la richesse d’un sol fécondet les promesses d’une domination sans rivale. Dès 1540,François I er , convaincu par les rapports de Cartier, avait décidél’établissement d’une colonie dans ces lieux, et le gouverneurchoisi fut un gentilhomme picard, François de la Roque, sieurde Roberval, avec le titre de vice-roi. Colons et soldats furentinstallés d’abord dans le poste de France-Roy, puis au Cap- Breton ; mais la rigueur du climat, l’insuffisance des ressources,la négligence du gouvernement firent échouer, au bout dequelques années, ce premier essai de colonisation. Toutefois, les
1. Le terme de Canada désigna plus particulièrement les rives du Saint-Lau-rent; la Nouvelle-France , toutes les terres conquises (îles et continent). On adonné du mot Canada plusieurs étymologies, les unes ingénieuses ou bizarres,les autres savantes. Le P. Hennepinetla Potherie racontent que des Espagnolsétant venus au Canada à l’époque où il fut découvert par Cabot (i 497), n’y trou-vèrent pas les mines d’or qu'ils cherchaient, et à l’aspect des champs incultes etdes mon’agnes glacées, s’écrièrent : Aca, nada; ici, rien. Ce mot répété et al-téré par les indigènes aurait été pris plus tard pour le nom de la contrée elle-même. Le R. P. Albert Lacombe , dans son Dictionnaire et grammaire de lalangue des Cris , dit que Canada est la corruption de Kanata, mot dont les Mon-tagnais du Labrador et tous les Cris se servent dans le sens de : sans raison tsans propos , sans dessein , gratis. Les Cris se servant continuellement de ce mot,les premiers explorateurs du Canada le donnèrent au pays. Voici enfin unetroisième étymologie qui est peut-être la meilleure ; elle est indiquée par ledocteur Burmeister ( Descr. de la Itép. argentine ) : le Canada est un fossé natu-rel, rempli d’eau, médiocrement profond, et qui quelquefois se trouve au mi-lieu de terrains inondés. Par extension, on donne aussi ce nom à une vallée for-mant bassin. N’est-ce pas le cas de la vallée du Saint-Laurent?
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