06 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
devint l’ami; en Italie , aux côtés de Belle-Isle, au col d’Exilles(1746), où il fut blessé. D’Argenson eut le mérite de devineren lui un des rares officiers qui, à cette époque de décadence,« se portaient encore vers le grand, » et le fit envoyer enAmérique , en 1736, avec le titre de maréchal de camp. Mont-calm emmenait 3800 hommes, et avec eux Bougainville,alors âgé de vingt-cinq ans, et le chevalier de Lévis . L’annéesuivante, il en reçut 1 500 de plus, et à cet effectif il ajouta2 000 soldats de la marine, les contingents des milices cana-diennes et de nos sauvages. « Avec une telle armée, mal nourrie,» à peu près sans souliers et sans solde, n’ayant guère d’autres» munitions que celles prises sur l’ennemi, il fallait garder» une frontière de plusieurs centaines de lieues, occuper vingt» forts et faire tête partout à l’invasion, dont les forces finirent» par s’élever au chiffre officiel de 60 000 hommes. Éton-» nantes campagnes, dont aucune guerre d’Europe ne donne» l’idée ! Pour théâtre, des lacs, des fleuves , des forêts sans» limites succédant à d’autres lacs, à d’autres forêts, à d’autres» fleuves. Pour armée, des troupes étranges : le higlander» écossais et le grenadier de France , qui porte la queue et» l’habit blanc, combattent près de l’Iroquois et du Huronà» la plume d’aigle. Tantôt, la hache à la main, le fusil en» bandoulière, les soldats de ces armées cheminent sous bois;» tantôt ils portent à bras, au-delà des rapides écumants, les» bateaux où ils se rembarquent ; et l’hiver, des raquettes aux» pieds, la peau d’ours au dos, ils suivent, sur la neige, des» traîneaux de campagne attelés de grands chiens. Guerre» remplie de surprises, de massacres, de combats corps à corps,» dans laquelle les décharges de l’artillerie et le roulement des» tambours répondent aux hurlements des Peaux-Rouges et» au fracas des cataractes. » (De Bonnechose, p. 31.)
Montcalm savait quel parti on pouvait tirer des Peaux-Rouges , excellents guides dans les forêts, tireurs incompa-rables, rameurs et pilotes de premier ordre. Rien ne lui coûtapour les séduire ; il s’en fit des amis dévoués jusqu’à la mort.Il enleva avec eux les forts de Chouaguenet de William-Henry(1756-1757), et il y trouva les munitions que la métropole nese hâtait pas de lui envoyer. Le gouvernement fournit quelquesvivres, soixante-quinze recrues. « De la poudre, envoyez aumoins de la poudre, » écrivait Montcalm ; et, tandis que Wil liam Pitt multipliait les convois anglais , les officiers français étaient dans la détresse, les soldats réduits à un quart de ra-