67
DOMINION OD PUISSANCE DU CANADA .
tion, les Canadiens et les Acadiens réfugiés mouraient de faim,et, à la moindre plainte, les autorités coloniales menaçaientl’armée de lui couper tout à fait les vivres. Le cabinet de Ver-sailles trouvait énormes les dépenses de la guerre canadienne,six millions en 1755, onze millions en 1756, dix-neuf en 1757;dépenses énormes en effet, mais qui allaient enrichir les coffresde l’intendant du Canada et de sa bande.
lies voleries de l’intendant Bigot .
•
« En François Bigot , treizième et dernier intendant dela Nouvelle-France, s’incarnait toute la corruption brillanteet audacieuse du dix-huitième siècle. Ses rapines à Louis-bourg, lors du premier siège, en 1745, avaient déjà pro-voqué dans la garnison des mutineries qui hâtèrent lacapitulation de la place. Au lieu d’être puni, le coupable,bien apparenté, fut envoyé avec avancement au Canada .Il y porta ses vices, ses séductions et son intelligence.Maître absolu dans tous les services de finances, Bigot créaune administration à son image, et pour voler il eut, commele géant de la fable, des mains par centaines ; chaque fonc-tionnaire pillait, depuis l’intendant et le contrôleur jusqu’aumoindre cadet ; dans cette honteuse concurrence, le chefne reprochait à l’inférieur que « de voler trop pour sa place.»Sur tout le Canada il se répandit comme une épidémie devols : vols sur l’approvisionnement des places, vols sur lestransports, vols sur les travaux publics, vols sur les produitsde la traite des pelleteries réservés au roi, vols sur les four-nitures du matériel de la guerre et de l’équipement ! Maisc’était sur les marchandises livrées en présents aux Peaux-Rouges qu’on faisait les plus belles affaires ; au fond de saforêt, le pauvre sauvage étaitVolé. Ce n’est pas tout : par-fois le brigandage prenait un autre tour, et les employés deBigot, devenus commerçants, opéraient, sous la protectionde leur chef, d’immenses accaparements de toutes choses,qu’on revendait ensuite à l’Etat et aux malheureux colonsà 150 % de bénéfice. Enfin arriva la famine : ce fut le bontemps... La famine, quelle aubaine pour Bigot et sa bande!