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L' Amérique : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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68 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.

Quels bons coups on faisait avec les blés accaparés delongue main 1 ! Mais si l’on gagnait de l’argent, il était ga-lamment dépensé. « Malgré la misère publique, des balset un jeu effroyable, » écrit à sa mère Montcalm indigné;Doreil (commissaire ordonnateur) ajoute, dans une dépêcheau ministre : « Nonobstant l’ordonnance de 1744 pour» défendre les jeux de hasard dans les colonies, on a joué» ici, chez l’intendant, jusqu’au mercredi des Cendres, un» jeu à faire trembler les plus intrépides joueurs. M. Bigot» y a perdu plus de « 300000 livres. »

Charles de Bonnecuose, Montcalm et le Canada français,

(Paris, 1881, in-18, Hachette .) ,

Et pourtant, malgré la disette, et l'indifférence de la mère-patrie, et l’incapacité du gouverneur, et les voleries éhontéesde l’intendant, Montcalm et ses troupes remportèrent le 3 juil-let 1758 la brillante victoire de Carillon . Le général envoiealors en France Bougainville et Doreil pour réclamer de promptsrenforts et des ravitaillements. « Monsieur, dit brutalement à» Bougainville le ministre de la marine, Berrier, quand le feu» est à la maison, on ne s’occupe pas des écuries. — Monsieur,» répliqua le jeune aide-de-camp, on ne dira pas du moins» que vous parlez comme un cheval. » On nomma Montcalmlieutenant-général, mais on n’envoya pas de secours : à quoibon se- mettre en frais pour sauver « quelques arpents deneige? » disait-on dédaigneusement à la cour. Le 13 septembre1739, dans les plaines d’Abraham, en face des fortificationsébauchées de Québec, Montcalm livra aux Anglais son derniercombat. Après une lutte acharnée, les Français succombèrent;les deux généraux en chef, Wolfeet Montcalm, furent tués.Ramsay livra Québec aux Anglais sans combat, à l’heure oùLevis , ralliant les soldats de Montcalm, venait la défendre.L’année suivante, Lévis et Bourlamaque battirent les Anglais sous les remparts de la ville et en firent le siège sans succès ;cinq mois après, Vaudreuil signait à Montréal avec le généralAmlierst la capitulation définitive. Le traité de Paris (1763) con-somma la perte de cette splendide colonie de la Nouvelle-

1. Les vivres apportés par les rares navires qui échappaientà la croisière an-glaise étaient vendus par les agents de Bigot dans une maison de Québec à la-quelle est resté le surnom de « la Friponne ».