DOMINION Oü PUISSANCE'DU CANADA . 69
France , où tant de sang français avait été répandu, tant d’hé-roïsme dépensé, où le génie de notre race avait trois siècles du-rant affirmé avec éclat sa puissance *. Montcalm a son tombeaudans une église de Québec ; les Anglais ont rendu hommage àson héroïsme en gravant son nom à côté de celui de Wolfe surl’obélisque de granit érigé en 1827 par lord Dalhousie dans lejardin public de Québec , avec l’inscription suivante : Mortonvirtus , communem famam historia, monumentum posteritas dédit(le courage leur donna la mort, l’histoire une gloire commune,la postérité ce monument). Les descendants des colons français du Canada ont célébré avec éclat, en 1859, le centenaire duvaillant général. La France a-t-elle assez fait pour honorer cesgrands souvenirs de la colonisation canadienne en appliquantà trois des nouvelles rues de Paris les noms de Jacques Cartier ,de Cbamplain et de Montcalm?
Grâce aux derniers défenseurs du Canada , l’honneur de laFrance est resté sauf, et la responsabilité du désastre pèse nonsur l’armée, ni sur le pays, mais sur le système colonial et surle gouvernement de Louis XV tombé en décrépitude.
L<e gouvernement et les colons.
« Les colons français se montrèrent parfaitement à lahauteur de leur rôle ; tout le progrès qui s’est fait clans lescolonies a été produit par la force de leur labeur, par eux etpar eux seuls. Dans la proportion de nombre et de forcedont ils disposaient, ils ne sont restés inférieurs à aucundes colons des nations étrangères. Ils furent aussi laborieux,
i. Rentrés en France . Lévis , accueilli avec honneur, alla servir contre l’Alle magne et devint maréchal de France en 1783; — Bougainville se fit navigateur, de-vint le rival de Cook par ses explorations maritimes, et mourut à quatre-vingt-troisans en 1811, amiral, membre de l’Académie des sciences et sénateur. — Quant àBigot et à ses coquins d’associés, ils revinrent en France dans l'espérance d’yjouir paisiblement de la prodigieuse fortune acquise par les moyens que l’onsait. Malheureusement pour ces honnêtes gens, des accusations terribles s'éle-vèrent contre eux : les officiers et soldats du corps d’expédition eurent le mau-vais goût de faire retomber sur eux la responsabilité des désaslres. Une com-mission de magistrats présidée par le lieutenant do police, Sartines, instruisitleur procès qui dura deux ans. Les accusés étaient au nombre de cinquante-cinq; la sentence les condamna à restituer douze millions; Bigot, dans un mé-moire justificatif, avait eu l’impudeur d’attaquer Montcalm ; la veuve et les en-fants du marquis obtinrent la condamnation de cet écrit calomnieux. Bigot etson subdélégué Varin, qui avaient pour le moins mérité la corde, furent ban-nis à perpétuité du royaume. (V. dans l'ouvrage de M. Dussieux les pièces duprocès.)