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DOMINION OU PUISSANCE DU CANADA,aux nécessités politiques de l’Europe , mais uniquement àla négligence du gouvernement français et au système per-nicieux adopté par lui dans ses colonies, aussi bien que dansla métropole. Vouloir être tout-puissant pour avoir le droitd’une superbe incurie, telle semble avoir été la devise dugouvernement français ; et c’est l’action énervante de l’om-nipotence gouvernementale, s’opiniâtrant à tout diriger, etinhabile à rien faire, qui résume les causes réelles de laperte de presque toutes nos colonies. De là faiblesse del’émigration et insuffisance de population, absence invin-cible de tous bons avis et de toute amélioration, gaspillagede toutes les ressources, défaut presque complet de pro-duction ; de là la différence écrasante des progrès des co-lonies anglaises ; de là leur triomphe et notre ruine.
» Jamais plus belle partie ne fut tenue par la France ;jamais elle n’a eu entre les mains une occasion plus favo-rable d’agrandissement et de puissance; jamais aucunenation n’a possédé des éléments meilleurs, plus dévoués,plus serviables pour la fondation de ses colonies. Situation,climat, fertilité, immense étendue; colons actifs, hardis,laborieux, profondément moraux et religieux ; tout sem-blait réuni pour accomplir à peu de frais ce beau rêve deRichelieu, de Colbert et de Vauban , une nouvelle France heureuse et forte. Et que fallait-il faire? Consacrer chaqueannée 300000 francs, somme minime, à envoyer des co-lons ou à encourager des entreprises de colonisation ; en-tretenir constamment dans le pays de mille à trois millesoldats, selon les temps; et il est hors de doute que, nousaussi nous eussions eu, en 1730, un million de colons quinous eussent légué aujourd’hui dix à douze millions deFrançais en Amérique . »
E. Rameau , La France aux colonies, II e partie, ch. vin.
Les chutes du Niagara ont été cent fois décrites par tous lesvoyageurs qui ont eu le bonheur de les visiter; depuis Cha-teaubriand, qui voyait ou croyait voir « les aigles, entraînés