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LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
» ou en vue d’un établissement définitif. Par contre, les hautes» parties contractantes s’accordent à condamner toute migra-» tion qui ne serait pas absolument volontaire. »
Sous la garantie de ce pacte, les Chinois affluèrent aux Etats-Unis. L’effroyable misère qui régnait en Chine , et la découvertedes mines d’or de la Californie les poussèrent sur les bords duSacramento . Us y trouvèrent une vie plus facile, sinon moinslaborieuse que dans leur patrie ; quelques-uns s’enrichirent ;le courant d’immigration grandit : des compagnies se for-mèrent qui abaissèrent le tarif des transports de Chine en Amé-rique ; l’on délivra des billets d’aller et de retour 1 à 200 francs,puis à I 30, puis à 100, puis à 60 ! De 1855 à 1860, la moyenneannuelle était déjà de 4 530 immigrants chinois; de 1860à 186b, elle monte à 6 600 ; de 1865 à 1870, elle atteint 9 310,et de 187 0 à 1873, elle dépasse 13 000.
Aussi, dès 1870, dans un rapport officiel adressé à l’hono-rable J.-D. Cox, ministre de l’intérieur, le commissaire del’émigration aux Etats-Unis , John Eaton, jetait-il le cri d’alarme :« Les elfravantes proportions que l’émigration chinoise est ap-» pelée à prendre exigent l’attention de nos hommes d’État.» Une race homogène, comptant près de 400 millions d’êtres» humains, s’agite et se débat dans un espace insuffisant. La» brèche est ouverte, ils affluent sur un sol nouveau, riche» et comparativement désert. Ils sont aventureux, patients» dans les difficultés, tenaces et laborieux. Ce flot d’émigration» dans sa course vers l’est a atteint ses limites naturelles ; il» reflue vers le Pacifique et, comme une marée montante, em-» porte et rompt les digues. La Providence a voulu que tôt ou» tard, pacifiquement ou par la force, ce courant tout-puissant» débordât sur le riche et fertile bassin du continent amé-» ricain. »
1. Il faut dire que le billet de retour n’était valable qu'après décès. UnChinois aimerait mieux mourir de faim que de s’expatrier, s’il devait laisser sesos sur la terre étrangère. Aussi les compagnies d’émigration s’engagent-elles àramener morts ceux qui partent vivants de Hong-Kong , et l’engagement estscrupuleusement tenu. Il n’est pas rare de voir partir de San-Francisco un navireayant uue cargaison de cadavres chinois, placés dans des cercueils, et qui vonttraverser i'Océan pour aller dormir l’éternel sommeil dans la terre des ancêtres.Pour accomplir ce pieux devoir envers leurs concitoyens défunts, les Chinoisexpatriés n'hésitent pas à dépenser des sommes énormes. A cette occasion, lejournal Daily California insérait un jour cet entrefilet d’un comique funèbre :3 La Californie n’a pas de rivale dans l’exportation des Chinois; elle tient le» monopole : nous importons le Chinois à l’état brut, vivant; — nous l'cx-* portons manufacturé, mort. »