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L' Amérique : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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ÉTATS-UNIS DE L’AMÉRIQUE DU NORD . 213

Ce n’étaient point là d’ailleurs, comme l’avouait le commis-saire de l’émigration, de mauvaises recrues pour les Etats duFar-West . Tous les voyageurs, sans exception, témoignent dela patience, de la docilité, de la douceur, de l’ardeur au travail,de l’intelligence et de l’adresse de l’ouvrier chinois. En voicideux preuves fournies par leurs ennemis eux-mêmes. Le rap-port de la commission du Congrès de Washington , chargée del’examen de la question (février 1878), s’exprimait en cestermes : « L'émigrant chinois est à certains égards supérieur» à d’autres. Il est sobre, industrieux, patient, de bonne hu-» meur et obéissant. Il apprend facilement et s’acquitte habi-» lement de sa tâche. Les Chinois ont rendu de grands services» en Californie au début. Ils ont creusé les canaux, exploité» les mines, assaini les marais, construit des chemins de fer» et contribué au développement du pays.’ Si donc la question» reposait uniquement sur le terrain des intérêts matériels,» nul doute que, dans le conflit qui existe entre la race asia-» tique et la race blanche, elle ne dût être résolue en faveur» de la première. »

Appelé à déposer devant la même commission, le juge Hey-denfeldt disait : « Les négociants chinois en Californie » n’ont jamais de procès. Je suis, par ma profession, en rup-» ports constants avec des gens de toute race et de toute na-» tionalité. et je dois dire qu’il n’y en a pas de plus honorables,» de plus sincères et de plus loyaux que les marchands chinois.» Je ne connais pas de cas où l’un d’eux ait cherché à frauder» la douane par une déclaration de valeur insuffisante, ou ré-» clamé quoi que ce soit qui ne lui fût légitimement dû. »

Ces qualités elles-mêmes tournèrent au détriment de la racechinoise : tous les arguments des économistes, des moralistes,des pasteurs et des politiciens américains se résument en unseul, la raison d’État. Chacun proposa son remède, mais touss’accordèrent à maudire l’invasion des Célestials , et ne dissi-mulèrent ni le mépris, ni même l’effroi que John Chinamanleur inspirait 1 . Dès 1832, le gouverneur de Californie , Bigler,

1. Ces sobriquets sont appliqués aux Chinois; les Américains parlent ausside petits hommes à longue queue , de John Safran , et demandent qu’on gué-risse les Etats-Unis de ia peste jaune {yellaw agomj). — En Amérique ,l’Anglais est désigné sous le surnom de John Bull , l’Américain sous celui deJonathan, l’Irlandais sous celui de Paddy ou Pat, diminutif de Patrick; leCanadien français est appelé par ses compatriotes anglais Jean-Baptiste, et loFrançais d’Europe personnifié sous le nom peu flatteur de Johanny-Crapaud',allusion directe, dit M. de Lamothe, au goût immodéré pour 1a chair de gre-nouilles que nous attribuent bien gratuitement nos voisins d’outre-Manche.

n.