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L' Amérique : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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214 LECTURES ET ANALYSES DE GÉ0GRARH1E.demandait qu’on proscrivit simplement tout débarquement deChinois à San-Francisco ; c’était couper le mal à sa racine ; maisalors on ne voyait encore dans les immigrants chinois, d’ail-leurs peu nombreux, que des colons tranquilles, inoffensifs, etutiles. La proposition de Bigler fut rejetée. Mais devant l’in-vasion continue et formidable de la race jaune, le parti anti-asiatique grandit ; bientôt il surexcita dans l’ouest les passionspopulaires, et trouva des appuis dans le Congrès : une réso-lution fut proposée aux représentants, invitant le président del’Union à prendre les mesures nécessaires pour arrêter l'immi-gration chinoise. A San-Francis'co, on allait plus vite. Passantoutre à lalégalité et aux traités, le parti socialiste, sous la direc-tion de Kearnev et de Pickett, proclama qu’il était temps d’agir.Dans un meeting tenu à Los Angeles (1877), Kearney s’écria :« Plus de Chinois, achetez de la poudre et des balles ; quant» à vos représentants, achetez de la corde, et pendez-les haut» et court... L’ennemi commun, c’est l’Asiatique, sa forte-» resse, c’est China-Town. » — « Emportons-la d’assaut, bru-» lons-la, faisons-la sauter, » répondit la foule. L’énergie desautorités municipales et fédérales fit échouer la conspiration :les meneurs furent arrêtés.

L’Amérique n’était pas loin de penser comme Kearney surla question chinoise, tout en répudiant les moyens proposés.Le Congrès vota, en 1879, une loi qui défendait à tout navire,abordant dans un port de l’Union, de débarquer plus de quinzeChinois. Mais le fameux Chinese-bill, qui abrogeait le traitéBurlingame, souleva les protestations de l’empereur de Chine :celui-ci envoya le mandarin Chin-Lan-Pin pour rappeler au pré-sident Hayes la convention de 1868. Le président refusa sasanction au Chinese-bill. La loi fut maintenue, et les portesdes Etats-Unis restèrent provisoirement ouvertes aux Chinois .Les hostilités latentes ou déclarées contre la race jaune conti-nuèrent : en 1880, le cabinet de Washington crut devoir chargerune commission de trois membres d’obtenir du cabinet de Pékin la dénonciation du traité Burlingame , tandis que la législaturede l’état du Sacramento , révisant la constitution californienne,et violant du même coup les statuts de l’Union, déclarait pas-sible d’une forte amende et d’un emprisonnement de cinquantejours au minimum quiconque emploierait des ouvriers chinois.Faut-il ajouter que cette législation draconienne n’a jamais étéappliquée ?

M. George SevvarJ, ancien représentant de l’Union en Chine ,