218 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
» peut rien faire et on ne peut s’en passer. Comme cuisiniers» et domestiques, ils rendent de bons services ; mais on les» prend à contre-cœur, car on ignore qui ils sont et pourquoi» ils ont quitté Canton, quoiqu’on puisse affirmer à coup sûr» que dans leur pays ils ne valaient pas -grand’chose. Pour» nous autres de la race blanche, ce sont des êLres aussi fan-» lastiques et aussi irresponsables que des enfants du brouil-» lard. Et cependant, pour bien dîner, il faut avoir un cuisi-» sinier chinois.
» — Pourquoi pas une Irlandaise ou une Bavaroise ?
» — Non, non ; ne me parlez pas ici d’Irlandaise ni de» Bavaroise ! Voyez mon coquin de Ki. Vous remarquerez» qu’en lui parlant je l’appelle Ah-Ki, et non Hop-Ki. «Ah »» signifie monsieur, et le gaillard a sa pointe d’amour-propre.» Appeler un homme « Ah », c’est une des trois mille for-» mules de la civilité chinoise, et ces trois mille formules» commencent à être usitées à San-Francisco . J’appelle ce» vaurien Ah-Ki, ce qui me dispense d’augmenter ses gages :» je fais ainsi une économie de 28 francs par mois, résultant» de mon respect pour le livre des rites. D’un autre côté,» Hop-Ki me coûte moins cher qu’aucune Irlandaise ou Ba-» varoise, et il remplit convenablement son devoir. Deman-» dez à ma femme si Ki n’est pas la meilleure des couturières,» des femmes de chambre, des blanchisseuses qu’elle ait» jamais eue à tarabuster?
» — Comparé à l’Irlandaise et à la Bavaroise, votre gredin» de Ki semble être un domestique favori.
» — Oui, à peu près comme on peut faire un favori d’un» putois. Il ne quitte jamais la maison et ne réclame pas les» sorties du dimanche. Quand il désire sortir, il m’en demande» la permission, et ne dépasse pas d’une minute l’heure fixée» pour la rentrée... Pour rendre justice au païen, quoiqu’il» porte deux couteaux sous sa blouse, il est doué de quelques» qualités rares chez les blancs, et parfaitement inconnues» aux servantes irlandaises ou allemandes. Il ne boit pas,» et n’est ni boudeur, ni emporté. Il n’emploie aucune locu-» tion inconvenante, au moins de celles que votre femme ou» votre fille soit susceptible de comprendre. Sans doute,