232 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE,sillonner cette mer du désert. Cependant une tradition desaborigènes rapporte qu’autrefois les Indiens Utahs y fai-saient voguer de grandes pirogues. L’eau est si dense quele corps d’un homme ne peut y sombrer. Pendant notreséjour chez les Mormons, nous allâmes plusieurs fois nousy baigner ; nous nous couchions sur la surface, et nouspouvions y rester indéfiniment sans le moindre effort etsans mouvement. Il nous parut qu’on pourrait y dormirsans courir le danger de se noyer. Cette densité extraordi-naire de l’eau explique comment les animaux ne peuventvivre dans le lac. On n’y voit ni poissons, ni mollusques 1 .Le seul représentant de la nature vivante qu’on y ait vu,mais rarement, est un petit ver qui se trouve dans le sablede la plage. Les truites qui y descendent quelquefois parles ruisseaux meurent immédiatement. Le règne végétaln’y est représenté que par une algue. Les bords du lac,surtout au nord, sont couverts d’une couche considérabledu plus beau sel, qu’on exploite pour les besoins du pays.Au moment de notre passage, ou observait sur la rive par-dessus le dépôt du sel, une couche d’un pied de profondeurentièrement formée de sauterelles mortes. Ces insectes,qu’un vent violent avait chassés en nuées prodigieusementépaisses, s’étaient noyés dans le lac, après avoir, dans lecourant de l’été, détruit les semailles et jusqu’à l’herbe desprairies. Une disette s’ensuivit, et les Mormons ne virentdans ce fléau qu’une nouvelle preuve de la vérité de leurreligion, parce qu’il était survenu, comme chez les Israé-lites , la septième année après leur établissement dans lepays. Le lac n’a pas de marées ; mais, sous le souffle va-riable des vents, la surface de l’eau se ride, et de petitesvagues déposent sur le rivage une écume floconneuse. Il
i. ■ On ne voit aucun poisson, aucun oiseau aquatique. En quelques poinis,» des sources d'eau douce très puses se dégagent au bord môme du lac. Nousb choisîmes un de ces endroits pour nous baigner. L’eau est si dense (elle ren-b ferme vingt pour cent de sel, contre quatre ou cinq que contient l’eau deb mer ordinaire) qu’on ne pourrait s’y noyer. En nageant, les pieds sortent d’eux-b mêmes au-dessus de Peau, tant on a peine à enfoncer. Sorti de là, on est bienb vite recouvert d’incrustations salines que l’on pourrait râcîer au couteau. L’eaub douce qui coule sur le rivage sert à prendre un second bain, et celui-ci mitigeb heureusement les effets du premier. » (L. Simonin, A traversins Etats-Unis .)