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L' Amérique : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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AMÉRIQUE CENTRALE .

Port-au-Prince; les Haïtiens .

« Figurez-vous deux rangées de maisons, laissant entreelles un intervalle de 20 mètres ; dans cet intervalle, desamas d’immondices, des cercles de tonneaux qui se redres-sent violemment sous vos pieds et vous meurtrissent lesjambes, des écorces glissantes de mangos ou d’oranges, unepoussière qui monte en gros nuages; au milieu de tout cela,des chiens et des poules, des petits cochons et des petitsnègres. Jamais les immondices ne sont enlevées, leur longueaccumulation a insensiblement élevé une chaussée factice,et c’est dans une ravine profonde de plusieurs pieds, quecoule de chaque côté le ruisseau où tombent les eaux salesdelà ville. Ce ruisseau est souvent arrêté dans sa marchepar un monceau de détritus ; il se répand alors en petitesmares qui deviennent des lacs dans la saison des orages ;bondir par dessus ces lacs constitue une gymnastiqueféconde en accidents. Les pluies, se précipitant de la villehaute, entraînent avec elles tant de fumier que parfois il nereste plus le long du quai assez d’eau pour les vapeurscôtiers. Sur les fossés efrles ruisseaux on a jeté, en guisede pont, des planches bientôt vermoulues : n’y posez le piedqu’avec défiance ; ces planches forment autant de trappestraîtresses ; elles font bascule ou se brisent. A vrai dire, leschutes présentent ici moins de danger que partout ailleurs,étant toujours amorties par un tas d’ordures.

» L’île d’Haïti est richement dotée par la nature; mieuxque Cuba et la Jamaïque , elle mérite d’être appelée la reinedes Antilles ; le sol est d’une fertilité inouïe : à quelquesmètres à peine du rivage, les couches végétales, épaisses de3 ou 4 mètres, portent des herbes et des forêts puissantes.Quelle délicieuse excursion nous avons faite à Kinkoff et auport Jacques ! La montée commence au sortir de la ville,car les collines jaillissent pour ainsi dire de la mer; derrièrenous se déroule le magnifique panorama de la baie ; une merd’azur, et, paisiblement assis sur ce tapis bleu, Gonave etles verts îlots de mangliers ; à gauche, les plaines et les