320 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE,deux grands lacs d’eau douce et d’eau salée. Parfois nouscôtoyons des ravines profondes, des précipices escarpés;tout au fond, le feuillage velouté des bananiers forme unesorte de ruisseau clair entre deux parois sombres. Les ma-melons se dressent en pains de sucre couronnés de verdureet de cases pittoresques à distance. Dans un ruisseau, desnégresses entièrement nues, sans le paraître, car une peaunoire ressemble à un vêtement, se cachent en riant. Partoutde gros lézards effrayés de notre passage se réfugient dansles arbres dont ils prennent immédiatement la livrée, vertssur la feuille, gris sur le tronc. Des frangipaniers aux fleursparfumées bordent la route; puis apparaissent les caféiersgéants ; ces caféiers vieux de cent ans, vénérables arbres,donnent encore des fruits; des figuiers maudits , lançantautour d’eux leurs bras de pieuvre, étouffent les arbres assezimprudents pour croître à leur portée ; enfin les pins succè-dent aux vignes et aux orangers sauvages. Nos vaillantspetits chevaux, se cramponnant aux roches avec leurs sabotsnon ferrés, nous portent jusqu’à une misérable cabane enbambous, dans laquelle on nous donne l’hospitalité. Notrepremier soin est de faire allumer du feu : tout à l’heure nousétouffions dans la plaine ; maintenant, dans nos vêtementsde toile collées sur nous par une ondée, nous grelottons ; lechangement de climat est radical; tandis que la plaineappartient à la flore des tropiques, nous avons retrouvé icitous nos fruits et nos légumes de France ; pommiers etpêchers sont en fleurs, et l’on nous fait passer en revue deschoux magnifiques et de superbes salades 1 .
» Que de ressources inexploitées dans cette île privilégiée !que de richesses dans ce pays où tout le monde est pauvre !Mais le noir exècre le travail. Nous n’avions pu nous
t. M. Francesco Pastrana signale à Puerto-Rico une égale opulence du règnevégétal. Le nombre d’arbres, arbustes et plantes est extrêmement varié. On ytrouve plusieurs espèces de palmiers, toutes utiles. La plus belle est le pal*mier royal, dont le chou est un excellent aliment pour l’homme, dont Isspalmes servent à couvrir les cabanes, le bois à faire des conduits d’irrigation,ies feuilles à tresser des chapeaux et des nattes, et la pulpe à engraisser lesporcs et la volaille. Le fruit du bananier rend encore de plus grands servicespour l'alimentation des habitants des tropiques. (V. Bulletin de la Société degéographie , avril-septembre 1861 . )