Buch 
L' Amérique : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
Entstehung
Seite
321
JPEG-Download
 

AMÉRIQUE CENTRALE . 321

défendre tout d’abord d’une vive sympathie pour cespauvres noirs; ces fils d’esclaves, s’administrant eux-mômesaprès avoir conquis leur liberté, inspirent un certain intérêt ;mais leur mollesse et leur inertie deviennent insupportablesà la longue *. Fort heureusement pour eux, grâce à l’extra-ordinaire fertilité du sol, l’extrême pauvreté ici n’est jamaisl’extrême misère; l’oisiveté ne tue pas. C’est principalementà l’époque des mangos qu’on note cet amour universel dudésœuvrement : le marché do la ville est désert ; les gens dela campagne sont restés chez eux ; à quoi bon marcher quel-ques lieues pour gagner quelques sous? n’ont-ils pas desmangos pour se nourrir ? Couchés à l’ombre épaisse et fraîchedes manguiers, les noirs passent ainsi la journée entière,et la journée du lendemain, et des semaines et des mois. Ilserait temps en vérité de renoncer au dicton : Travaillercomme un nègre 1 . »

L. et G. Verbrugghe,

Promenades et chasses dans l’Amérique du Nord.

(Paris , 1879, in-18, C. Lévy.)

Depuis la Révolution qui a donné la liberté aux noirs, la pro-duction d’Haïti non seulement ne s’est pas maintenue à sonancien chiffre, mais elle a considérablement décliné. M. Bonneau(Haiti , ses progrès, son avenir) cite des chiffres qui le prouvent :ainsi les revenus de la colonie, qui s’élevaient en 1789à 15 millions de livres, étaient en 1860 de 9 millions; ils sesont un peu accrus depuis ce temps. Devant cette décadencetrop manifeste, M. Bonneau gourmande l’indolence des habi-tants, çt leur adresse cette objurgation éloquente : «• Les noirs» de Cuba donnent chaque année à leurs maîtres 800 millions

i. Partout où les nègres ont été émancipés, on signale oetle mollesse et cetteaversion pour le travail. Dans les Etats-Unis du sud, les nègres ne travaillentpas ou travaillent peu. Ils font de la politique, Livrés à la merci des carpet-bag-gers et des scalawags, politiciens va-nu-pieds et porte-balles qu’on leur envoiedu nord pour recruter des vois. Gette situation est certainement déplorable ;faut-il s’en étonner ? Comment les nègres pourraient-ils aimer le travail, dontle bâton et le carcan ont jusque-là, pour eux, accru les rigueurs? L’émancipa-tion de la race nègre a été un immense bienfait ; mais il reste aux blancs unoautre tâche à accomplir : c’est de faire l’éducation des noirs, c'est de Jeur ap-prendre à user de la liberté, et après leur avoir infligé le travail forcé commoune torture durant tant de siècles, de leur faire aimer comme un bien le travailaffranchi.

10 .