322 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
» de livres de sucre, 11 millions de livres de tabac, 140 mil-» lions de cigares, 285000 barriques de mélasse, et les» Haïtiens indépendants, les Haïtiens travaillant pour eux-» mêmes, laissent pour ainsi dire incultes plusieurs de leursn plaines les plus fertiles ! Secouez donc votre torpeur, soyez» de votre siècle, prouvez ce que vaut la liberté, soyez hommes» et remuez d’une main vigoureuse ce sol que vous avez en-» graissé de vos sueurs quand il appartenait à d’autres, et de» votre sang lorsque vous en avez revendiqué la possession» sur le champ de bataille ! »
La passion des grades, des titres, des distinctions honori-fiques de toutes sortes atteint, chez les Haïtiens , la dernièrelimite du ridicule. « Dans l’armée, le nombre des comman-» dants est incalculable : notre cuisinier n’est rien moins qu’un» officier supérieur. C’est à Haïti que le mot des enfants est» vrai : « Je veux m’engager dans les colonels ! » Tout le» monde ici naît général... Le goût le plus bizarre les dirige» dans le choix des noms dont ils s’affublent ; si les titres de» noblesse conférés par Soulouque aux grands de sa cour ont» presque disparu, s’il n’y a plus de duc de la Limonade , ni de» comte de Trou-bonbon, il reste des Pompée , des Scævola,» des Corneille , des Montmorency, des Morny ; nous avons» eu la surprise d’être présentés à un certain Jésus-Christ. »
L. et G. Verbrugghe l ,
Promenades et cliasses dans VAmérique du Nord.
MM. Verbrugghe ont assisté à une revue militaire passée parle Président d’Haïti : « L’uniforme est rudimentaire ; les vestes,» gros-bleu, dégarnies de boutons, bayent démesurément,» et leurs hiatus laissent voir des poitrines larges et ruisse-» lantes, le ventre fait un bourrelet bronzé entre la veste et» la culotte qui s’effrange par le bas et s’arrête au-dessus de» la cheville. Les fusils sont couleur de rouille depuis le point» de mire jusqu’à la gâchette ; les cartouchières sont rem-» placées par des caisses de toute nature : boites à cigares et» boîtes à sardines. Quant aux généraux qui composaient l’état-
1. MM. Louiset George Verbrugghe sont fils d'un consul général de Belgique à la Havane. Voyageurs et chasseurs intrépides, ils ont parcouru en tous sensles Amériques . « Heureux hommes que ces deux frères, écrit M. A Reclus; ilsvoient d’un regard et dessinent d'un trait ! * M. Louis Verbrugghe a été com-pagnon de MM. Wyse et Reclus dans l'isthme américain; il est devenu chefdu contentieux de la compagnie du canal de Panama . Son frère est mort en mai1881 dans une de ses fermes, en Colombie .