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L' Amérique : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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AMÉRIQUE CENTRALE . 339

intertropicales, y sont inconnues*. La nature, dans risthnie, est merveil-leusement opulente; les explorateurs ont pu comparer les forêts viergesdu Darien à celles du bassin des Amazones; la faune est très variée aussi,et le sol cache des mines d’or. Mais l’homme est inférieur à la nature;indolente et molle, la population ne saurait fournir une sérieuse armée detravailleurs. « L’Indien se plie mal, écrit M. Verbrugghe, aux exigences» d’un travail régulier; il lui manque la force physique et la force morale» il marche sans relâche dans sa forêt, guette, tout un jour immobile, le» poisson de ses fleuves, mais il refuse de se courber pour creuser ia» terre. En de rares endroits seulement, ii se montre hostile, et cette» hostilité se tourne surtout contre les nègres, qui font à grand fracas» invasion dans sa forêt, frappent les arbres à caoutchouc de leurs haches» et font fuir le gibier.

• b Le nègre, bien plus que l’Indien, deviendra un auxiliaire pour le per-b cernent de l’isthme; un grand nombre parmi eux sera employé utile-b ment à l’ouverture des sentiers préalables, car leur adresse à manier leb sabre droit est merveilleux; quelques-uns le manœuvrent avec la mêmeb dextérité de la main droite et de la main gauche, et leur rapide mou-» linet à courbes entrecroisées abat sans arrêt lianes et arbustes. Ils sontb excellents bûcherons et excellents mariniers. Ils guident leurs pirogues» à travers les rapides les plus dangereux, et la vigueur de leurs bras le» cède à peine à la sûreté de leur regard. Le capataz José (pendant les» expéditions dirigées par M. Wyse), chargé de couper un chemin en» droite ligne, atteignait son but par une suite de jalonnemenls &■ l’œil,» sans que, sur une distance de plusieurs kilomètres, Ja boussole accusâtb une erreur sensible. » Ces noirs du Choco et du Sinu, qui sont d’excel-lents guides et d’admirables trappeurs, ne sont souvent que de méchantsterrassiers; mais il reste à la Compagnie interocéanique une ressource quisuffira à tous ses travaux, le précieux secours des coolies Chinois qui nese feront pas prier pour lui prêter main-forte.

L’isthme de Panama a été dès l’origine le grand chemin des émigrantsaux mines d’or du Mexique et de Californie : les étapes, Panama , Gorgone,Cruces, Gatun étaient bien connues des voyageurs avant la constructiondu chemin de fer de Colon. Aussi toute une bande de scélérats s’était-elleformée dans l’isthme, trouvant profit à égorger et dépouiller les voyageursisolés ou attardés. Souvent le courrier même fut attaqué; les pirogues,qui transportaient les voyageurs, étaient coulées par les mariniers eux-mêmes. Un jeune Américain de vingt ans à peine, Ran Rnnnell, organisaune petite troupe de batteurs d’estrade, proclama la loi de Lynch , et penditun tel nombre de ces misérables, que les autres, perdant confiance, et netrouvant plus assez de sécurité dans le pays, s’enfuirent et ne reparurentplus. C’était vers 1850 : l'établissement du chemin de fer a éloigné toutpéril de ce genre; dans l’intérieur, les cases sont nombreuses et hospi-talières, et les explorations possibles.

i. Il convient d’en excepter les côtes marécageuses et malsaines de 1 Atlan-tique, notamment les environs de Chagres. Il semble qu on ait exagéré l in-salubrité du climat de Colon, qui a pâti du voisinage de la pestilentielle cité deChagres. (V. plus loin, page 346.)