et vérandas immenses. Les matériaux de ces bâtisses, bri-ques, chaux, fer, bois, tout sans exception vient des Etats-Unis ou d’Europe , déjà travaillé, façonné, prêt à être monté.Ce quartier est sain et très propre ; la largeur du terre-pleinest de deux cents mètres, puis aussitôt le marais commence.Le reste de la cité, plongeant dans les fondrières, est forméde deux ou trois rangées de cases parallèles à la ligne duchemin de fer, et bâties soit sur des pilotis et des terrasse-ments tels quels, soit sur le remblai même de la voie. Celui-ci, fort large en certains endroits, a été directement établisur la côte ouest de l’île de Manzanillo ; outre les rangéesde cases, il porte encore les différents bâtiments de service :la gare, les magasins, les quais de débarquement. La ruequi porte le nom de Front-Street est encore assez considé-rable, mais les deux autres ne sont bordées que de cabanesde bois à un seul étage ; le rez-de-chaussée, enfoncé derrièreun large auvent, est occupé par un petit magasin de détail,bouge quelconque, cantine ou maison de jeu, le tout con-struit en planches de caisses à savon, à cognac, à vermout,clouées avec quelques pointes ou attachées avec des lianes ;la moindre brise du large en jette la moitié par terre. Natu-rellement, ces cahutes logent des nègres ; naturellementaussi, l’endroit est d’une saleté repoussante 1 ; les immon-dices de toutes provenances, à peine poussées à quelquespas de la porte, excitent la voracité jalouse de chiens galeux,de cochons souilleux, de rares « gallinazos. » Encore si cesderniers, grands nettoyeurs des rues, étaient plus fidèles àleurs fonctions ! Par malheur, ces vautours n’affectionnentguère Colon, et c’est à peine si on les y rencontre par groupesde trois ou quatre. Mais la gent moricaude n’y regarde pas' de si près ; elle se prélasse dans cette atmosphère dange-
i. M. Laferrière [De Paris à Guatemala ) dit que l'insalubrité de là ville faitfuir au pins vite les voyageurs. « La mer, à marée basse, laisse voir une plage« vaseuse et d’immenses crevasses pleines de débris organiques qui infectent le» voisinage et la ville. A. l’intérieur, les rues sont littéralement pavées d’im-» mondices, les eaux les plus sales croupissent dans les ruisseaux tout cela,* sous l’action d une température moyenne de 29 à 30 degrés, en tait itn foyer» d’infection et de maladies nombreuses, que l’incurie des habitants ou des» édiles laisse subsister sans y apporter remède, ce qui serait facile cependant» avec quelques précautions et certains travaux d’appropriation. »