352 LECTURES ET ANALYSES DE GEOGRAPHIE,reuse pour la race européenne , elle- se rit des miasmes pa-ludéens, de l’ardeur meurtrière du soleil, de la chaude buéequi s’élève du sol. Entre ces deux quartiers on a creusé deuxgrands étangs, pour assainir la ville et drainer le marais aumilieu duquel s’élève Colon. Ces étangs communiquent avecla mer et renouvellent ainsi leur eau qui, sans cela, se dé-composerait et deviendrait aussi pestilentielle que les paludsenvironnants. Les canaux qui les unissent à l’Atlantiquedonnent passage à des alligators, et ces monstres purgentles bassins des détritus de toute espèce jetés par les habi-tants ; personne ne les trouble dans ces fonctions utilitaires,nul n’inquiète leur séjour, malheureusement trop court ettrop rare. Au bord même de ces pièces d’eau, sur le terre-plein du chemin de fer, se dresse, mais encore sans piédestal,un superbe groupe en bronze, Christophe Colomb présentantl’Amérique à l’Europe . C’est un cadeau de l’ex-impératriceEugénie à un ancien président des États-Unis de Colombie ,le général Mosquera, parent éloigné, dit-on, de la famillede Montijo. Colomb , droit et fier, protège de la main droiteune toute petite femme nue, craintive et courbée, mais fortjolie, si jolie, qu’elle rappelle plutôt une charmante pari-sienne costumée en « source » qu’une Indienne trapue,lourde, aux traits écrasés. On ne peut faire à son illustrepatron le reproche d’un accoutrement trop sommaire : ill’abrite sous le vas'te manteau de fourrures qui lui descendjusqu’aux pieds. Ce groupe est la seule véritable œuvre d’artqu’on voie dans l’isthme de Panama . Colon a, toutefois, hgloire de posséder une colonne élevée en l’honneur des troispromoteurs du chemin de fer : MM. Aspinxvall, Chaunayet Stephens (le mieux qu’on puisse faire est de n’en pasparler), et une église gothique, de style anglais accommodéh l’américaine. Si vilain qu’il soit, cet édifice, en porphyrebrun-rouge, a fort grand air au milieu des maisons de boiséparses sur le récif, il peut contenir trois cents personnes,et appartient à la Compagnie du chemin de fer, qui se chargeaussi d’entretenir le pasteur.
» Il n’y a point de culture à Colon : à grand’-peine on afait pousser quelques cocotiers près des établissements de la