donne la mesure du rôle joué par le chemin de fer à Aspin-wall. Il est le véritable roi du pays, et roi à la façon deMéhémet-Ali 1 2 , possédant le sol, employant les bras, fixant àsa guise le tarif de ses services, réglant môme, par des noti-fications qui font loi dans les républiques voisines, le courset le change des monnaies.
» Malgré toutes ses exigences et malgré l’élévation du tarifcommercial (de 100 à 300 fr. la tonne) qui entrave la circu-lation des marchandises, le chemin de fer d’Aspimvall estencore la providence du pays. 11 occupe, avec un salairede 5 francs à 7 fr. 50 par jour, toute une populationflottante de nègres, d’Européens, d’Américains répandus surtout le parcours. Dans la ville, il a pour ouvriers permanentstrois ou quatre cents individus sur trois mille, et il enrichittous les autres par le commerce. Son action, d’ailleurs, estuniverselle et se fait sentir d’un bout à l’autre du versantoccidental de l’Amérique . C’est grâce à lui que la compagnieanglaise de Southampton et les compagnies rivales de New-York ont pu organiser des services de steamers qui vivifienttoutes ces côtes, et régularisent les relations du Pacifiqueavec les États-Unis et avec l’Europe . Ce sont là des titres depremier ordre qu’on ne peut passer sous silence, et si lechemin de fer de Panama paie chaque année 40 ou 60 °/oà ses actionnaires, il ne leur donne que la juste rémunéra-tion d’une courageuse initiative, dont les résultats toujoursgrandissants témoignent des bénéfices promis à de plusvastes entreprises.
» Il faut, du reste, lui rendre cette justice qu’il ne mériteplus aujourd’hui les appréhensions dont il fut l’objet dans leprincipe. Construit d’abord à la hâte 3 , dans des conditions
1. Méhémet-Ali, premier vice roi et réformateur de l’Egypte (1S05-1844),avait confisqué à son profit toutes les terres, et s était fait l’unique propriétairedu sol égyptien.
2. Au lieu de construire définitivement la voie, on ne s’occupa d’abord qued’établir rapidement la communication entre les deux océans. « Sur des rem-» biais à peine tassés, dit M. Reclus, on plaçait des rondins empruntés aux
» arbres de la forêt, sans même se donner la_ peine de les couvrir de ballast;» au moyen de madriers non équarris ou de simples échafaudages, on franchis-ï sait les marais, les ruisseaux, le^ Chagrcs lui-même dont le lit a plus des 200 mètres d’ampleur à l’endroit où le chemin le traverse. »