364 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
1) Autre recette. A l’une des extrémités d’un gros fil defer, on fixe un morceau de bois léger ; à l’autre, un crocbien enveloppé des tripes d’un animal quelconque; on jettele tout à l’eau. Le caïman, ayant avalé l'appât, se fatiguelongtemps à traîner l’incommode bouée qui s’embarrassedans les herbes et le force de tirer sur le croc, et celui-cilui déchire les entrailles. Il est assez difficile de le tuer surle coup : la balle doit frapper dans la tête, près de l’oeil, ouatteindre quelque organe vital à travers la peau du ventre,beaucoup plus molle qu’ailleurs. On se contente, en général,de tirer à chevrotines: l’alligator a « mauvaise chair », ilsuffit qu’un plomb ait pénétré le dessous du ventre ou ducou pour que la mort arrive au bout de quelques jours. Lescaïmans dorment la bouche ouverte, la mâchoire supérieurepresque verticale. Le moindre bruit les réveille ; alors, siquoi que ce soit les inquiète, ils se traînent péniblementvers l’eau en rampant en zigzags, mais s’ils suivent ou s’ilspoursuivent quelque proie à terre, ils détalent à grandevitesse, sans éprouver, bien qu’on en ait dit, la moindredifficulté à tourner à droite ou à gauche. Ils sont alors ter-ribles, et je ne pense pas qu’un homme leur échappât faci-lement à la course. Dans l’eau, ils nagent de fort vive allure,sans faire usage de leurs pattes, qui restent collées au corps ;leur queue seule est en mouvement.
» Dans les « cienagas, » palus où les eaux sont peu pro-fondes, on se divertit souvent à noyer des caïmans. On enchoisit un dont la taille ne dépasse pas trois ou quatre mètres,et à force de le tarabuster avec une gaffe, on le décide àdécamper; il se cache alors sous les herbes aquatiques ousous le tapis mouvant des feuilles de nénuphars ; on le chassede cet asile, on le harcèle de retraite en retraite sans jamaislui laisser le temps de remonter pour respirer à la surfacedes eaux. L’animal est bientôt à bout. Mais cet amusementa ses dangers. Parfois les « tapons » ou amas d’herbesdissimulent quelque colosse, qui au lieu de s’enfuir quand ilse sent piqué par la gaffe, détache un coup de queue et peutbriser l’embarcation. Les rôles sont alors changés; lechasseur, chassé à son tour, est presque infailliblement