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AMÉRIQUE CENTRALE ,perdu. M. de Lacharme 1 , qui adorait ce « badinage, » amanqué plusieurs fois d’en être victime. Il avait beau jeupour ces distractions dans la cienaga de Beteuci, vastelagune traversée par le rio Sinu et prodigieusement peupléede caïmans ; à la saison sèche, me disait-il, lorsque les eauxsont basses et que les bandes de poissons ont émigré versle cours inférieur du fleuve, pour un malheureux petit fretinqui s’égare dans le voisinage de leur retraite, plus d’unesoixantaine de monstres s’élancent la gueule béante à sapoursuite. Ce sont des batailles terribles, des enchevê-trements de musen.ux à crocs formidables, de grandesqueues qui battent l’eau et la font rejaillir en écume 2 . »
Panama et Darien , voyages d'exploration.
(Paris, 1881, in-18, Hachette , soixante gravures, quatre cartes.)
Le canal de Panama et le traité Glayton-Bulwer, — La période d’étudeset de reconnaissances scientifiques a fait place à la période des travaux :
1. M. de Lacharme était un des membres de l’expédition scientifique duDarien ; il avait été attaché à M. Reclus en qualité d’auxiliaire pour lesnivellements.
2. Nous empruntons à une relation de M. le chevalier Le Moync sur laNouvelle-Grenade les détails suivants relatifs aux caïmans qu’il a rencontrésdans sa navigation sur le Rio-Magdalena : « Nous avions toujours, avant de» dresser nos tentes, à faire déloger les caïmans, que nous trouvions quelque-» fois réunis au nombre de trente ou quarante. Nous avions reconnu que. pouru nous en débarrasser, nous n’avions pas absolument besoin de leur tirer des» coups de fusil, attendu qu’au seul bruit de nos voix, au moment de notre ar-a rivée, iis s’en allaient regagner l’eau. A force d'en voir, nous avions fini pard connaître si bien leurs habitudes de locomotion et par les prendre en tel mé-» pris hors de l’eau, que, lorsqu’il y avait parmi eux quelques retardataires en-» tètes qui ne paraissaient pas disposés à nous céder la place, nous ne erai-» gnions pas, comme amusement, de nous en approcher par derrière, et de les» chasser devant nous en leur appliquant des coups de bâton sur la queue. II» est curieux de voir ces animaux hideux, étendus sur le sable, se chauffant au» soleil et tenant béante leur énorme gueule à double rangée de formidablesb dents et qu’jls referment de temps en temps pour avaler les mouches qu’y at-» tirent les parties charnues de leur mâchoire inférieure et l’odeur du muse qui» accompagne leur respiration. Telles sont leur immobilité et l’insensibilité de» leur corps écailleux, que souvent ils sont couverts d’oiseaux aquatiques quio les prennent pour perchoir, comme un tronc d’arbre. Leur longueur ordi-» naire varie entre 10 et 15 pieds ; on dit que quelques-uns atteignent et dé-« passent même la taille de 20 pieds. Le caïman éprouve tant de difficultésb et met tant de lenteur à se retourner quand il est à terre, qu’il y attaque ra-» rement l’homme, à moins de l’y trouver endormi ; mais dans l’eau, son prin-n cipal domaine il est d’uue férocité et d’une hardiesse qui le rendent exces-» sivement redoutable pour les gens qui commettent l'imprudence de s’y baigner» et pour les bestiaux qui vont y boire.... »