Buch 
L' Amérique : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
Entstehung
Seite
382
JPEG-Download
 

382 LECTURES et analyses de géographie.

lies Indiens Goajires.

« Pour contempler les Goajires * 1 dans toute leur pitto-resque beauté, il faut se rendre le matin à l’embouchure duRio-de-Hacha, située, selon les saisons, à un jet de pierreou bien à 1 ou même 2 kilomètres à l’est de la cité. C’estlà, dans le bassin toujours changeant formé par le mélangedes eaux douces et des eaux salées qu’une grande partie dela population rio-hachère prend chaque jour ses ébats ; cetteagglomération des deux sexes dans le même bassin est àpeu près inévitable, car en amont de l’embouchure les cro-codiles infestent la rivière, et dans la mer, où le voisinagedes requins, sans être dangereux, n’est cependant pointagréable, les méduses ou orties de mer changeraient sou-vent le bain en un véritable martyre.

» Le fleuve, parfaitement parallèle au rivage de l’Océansur une longueur de plusieurs kilomètres, n’est séparé de lacôte que par une étroite levée de sable et de coquillages,au-dessus de laquelle les vagues viennent à chaque instant

» lait le marché et par les épaves de toute espèce de denrées qu'on en rejetait» dans la mer \ rien en cela d’extraordinaire, mais beaucoup de jeunes nègres» hardis tiraient parti de leur habileté comme nageurs pour soutirer quelques» pièces de monnaie aux promeneurs et surtout aux étrangers, en leur donnant* le spectacle d’une chasse aux voraces cétacés. En effet, deux de ces gamins à» qui j’accordai, sur leurs instances, une rétribution de quelques réauxpour la» prouesse qu’ils me promettaient, piquèrent immédiatement une tète dans la» mer, où ils ne tardèrent pas à attirer vers eux un requin que je distinguai» parfaitement et qui paraissait être sur le point de les atteindre, lorsqu’ils pion-» gèrent tout à coup au-dessous do l’anima!, et, en revenant sur l’eau, lui appli-» quèrent dans les flancs de rudes coups de pied qui le mirent en fuite très rapi-» dement. »

i. Le port de Rio-Hacha est situé à 40 lieues environ au nord-est de Santa-Martha. Malgré le peu de sécurité qu’il offre aux grands navires, il fait avecl’étranger un commerce plus important que cette dernière ville. Les produitsd’exportation sont le sel, le café, le tabac, les cuirs, bois de teinture et lesgraines de dividivi, employées en Europe pour le tannage. La plus grandepartie de cès marchandises sont apportées par les Indiens, et, en particulier,parles Goajires. Ceux-ci occupent, à droite du Rio-Hacha, un territoire longde 220 kilomètres, d’une superficie de 15 000 kilomètres carrés, couvert de sa-vanes, de lagunes, de forêts de mancenilliers, de mangliers et d’arbres épineux.Les Goajires se livrent activement au commerce, et, suivant les saisons, re-cueillent les graines, chassent dans leurs forêts, pêchent les dorades et lestortues de leurs baies, ou paissent leurs troupeaux. Tantôt ils campent en pleinair, tantôt iis s’abritent dans leurs misérables ranchos. « Les hommes, ditM. E.Reclus , plantent quatre pieux en terre, les femmes entrelacent au-dessus desbranchages en guise de toit, les enfants renversent la pirogue sous laquelle lafamille entière doit passer la nuit, étendue sur le sable blanc. »