5C4 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE,hiverner dans les champs de luzerne ( potreros de alfalfa)que l’on cultive en grand sur la lisière des Andes , et pen-dant la saison favorable, on leur fait faire deux ou troisvoyages, selon les distances. Une troupe se compose detrente à quarante animaux chargés, jamais plus, car alorselle deviendrait trop difficile à conduire. En outre, il y a untiers en sus de bêtes de rechange. On emploie deux muletierschefs ( capataces ) comme directeurs de la troupe, et un peonou conducteur, pour huit mules ; un aide pour quatre peones,afin de leur donner la main au besoin, et généralement unenfant qui conduit la jument chef de file ( madrina) ; celle-ci,une clochette au cou, marche en avant, et toutes les mulesla suivent d’instinct. Inutile de dire que tous ces hommessont montés et portent avec eux les vivres nécessaires pourun voyage qui n’est jamais de moins de quatre-vingts lieues,et qui va quelquefois jusqu’à deux cents et plus. Les troupes,ainsi chargées, font en moyenne dix lieues par jours, quel-quefois plus lorsqu’il faut arriver à une halte obligée, c’est-à-dire à un endroit où l’on trouve de l’eau, du bois et dupâturage.
» Les muletiers se lèvent à l’aube ; ils vont rassembler lesanimaux, installent les bâts et commencent à charger. Cetteopération est toujours longue et difficile, surtout au com-mencement du voyage. Puis on se met en marche, rarementavant huit ou neuf heures, et l’on ne s’arrête qu’à la couchée.Si les charges se dérangent en route, deux peones s’arrêtent,enveloppent de leur poncho (manteau sans manches) la tètedu mulet, et rétablissent l’équilibre avec une sûreté de coupd’œil et une rapidité qui fout plaisir à voir. A la halte, oninstalle en cercle les bâts proprement arrangés avec lesballots à côté. On allume le feu; le repas se prépare, maigrechère composée de viandes sèches ( charqui ) que l’on cuitavec du riz assaisonné de force piment; l’eau du torrentdésaltère après ; puis chacun s’enveloppant de son ponchoet d’une couverture de laine, dort sur la terre nue, s’abri-tant un peu derrière les ballots. A tour de rôle, chacun sur-veille les animaux pour les empêcher de s’écarter. Rien nepeut donner une idée de la sobriété et de la force de résis-