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L' Amérique : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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AMÉRIQUE DU SUD . 373

majordomes et sons-majordomes ; le produit est si abondant etsi sur qu il ne fait pas seulement la fortune rapide de ceux-ci,mais qu’il laisse encore des rentes au propriétaire. Cette insou-ciance et l’absence du propriétaire se révèlent dans l’aspectmême de l’habitation. Il ne faut pas chercher ici rien qui res-semble au château d’un riche propriétaire du centre de laFrance , ni même à la ferme confortable d’un petit éleveurnormand. Un toit de chaume soutenu par quatre murs deboue, une porte basse et pas de fenêtres, un puits sans mar-gelle, un pieu pour y attacher le cheval, c’est là en généraltonte l’habitation où végète une famille dans les privations etl’oisiveté : la sobriété poussée à ce point n’est plus une vertu,c’est un vice antisocial. Heureusement quelques propriétairesriches semblent vouloir secouer cette torpeur par des exemplesutiles, et montrer à leurs voisins les avantages de ce bien-êtreque l'homme a créé partout où il s’est établi. On peut déjàciter des établissements assez nombreux où l’on a élevé desmaisons luxueuses, créé des jardins, même de la grande cul-ture, et enfermé tout cela au milieu des futaies d’eucalyptus,de saules, de peupliers et de pêchers. Dans une propriétéprincière de 4 lieues carrées d’étendue, située à 23 kilomètresde Buenos-Ayres , il existe une forêt de trente ou quarante milleeucalyptus; un parc de 500 hectares a été créé, embelli detoutes les essences d’arbres, de fermes modèles et de tous lesenchantements de nos grands châteaux français . Malheureuse-ment il n’est pas permis à tout le monde de prendre ainsi lanature corps à corps, de créer des forêts là où elle n’a pas misun arbre, où régnent les vents les plus variables, où la séche-resse de l’été amène toute sorte d’insectes destructeurs, où lesgelées d’hiver ne respectent rien, où les révolutions détruisenten un jour le travail de plusieurs années : il faut pour cela descapitaux considérables, un caractère résistant et opiniâtre;mais, pour se procurer un peu de bien-être, il suffirait de ne pasattendre tout du ciel seul et d’occuper à un travail quelconqueles longs loisirs de la vie pastorale.

» Le chef de l’exploitation, en l’absence du propriétaire, estun majordome, il vit à peu près à la manière de tous leshommes employés au travail de l’établissement, dont le sys-tème d’alimentation serait à peine supportable pour un Euro-péen : il se compose uniquement d’une infusion de thé spécial,connu sous le nom de yerba du Paraguay , qui s aspire par untube de métal plongé dans une petite courge sauvage servant

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