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L' Amérique : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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580 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.saladero, où, le couteau à la main, les pieds dans le sang,il tue, écorche, taille la viande, f trouvant une jouissanceplutôt qu’un labeur. Là il gagne facilement en quelquesheures un salaire élevé qui le ferait riche, s’il savait écono-miser ; mais il est à peine payé que son cheval le conduitde lui-même à la pulperia. C’est elle qui remplace pour lui leclocher, le club, le journal, l’intérieur, qu’il ne connaît pas.Au milieu de la campagne, près d’une habitation, s’élèveune chaumière ni plus simple, ni plus luxueuse que touteautre dans la pampa, un rancho comme tous les autres,couvert de chaume, aux murs d ’adobe (brique crue), maisgénéralement de roseaux recouverts d’un récrépissage deboue et de bouse de vache ; il y pleut à peu près commeau dehors, le soleil n’y pénètre jamais, un air chaud ethumide en est l’atmosphère permanente, le sol est de terrebattue ; c’est la pulperia. Devant la porte, un rang de pi-quets de bois dur, le palenque , où les chevaux des clientssont réunis ; le nouvel arrivé met pied à terre et laisse làson compagnon recevoir, sellé et bridé pendant des heureset même des journées, le soleil ou la pluie, pendant que luiva, suivant son expression naïve, « satisfaire ses vices »dans la pulperia.

» Les femmes ne vont pas à \&pulperia, et généralementrestent à la maison, mais ne filent pas la laine, ayant aussipeu que les hommes le goût du travail ; faire bouillir del’eau et sucer dans un tube de métal une infusion de thé duParaguay, appelé maté, du nom da récipient où il se pré-pare, est leur seule occupation. Le succès du pulpero est fait,on peut le dire, de la tristesse de l’habitation. Plantée seideau milieu de la plaine, comme une sorte de tente-abri pro-visoire, sans culture, sans arbres, sans rien qui dénote laprésence d’un homme industrieux, elle est un lieu de tris-tesse par excellence : le délabrement qu’elle présente, lamisère qu’elle exhale, l’oisiveté, la font plus vide encore,éloignent l’habitant ; négligeant même l’heure des repas et dela sieste, il s’enfuit au galop de son cheval et va chercher àdeux ou trois lieues la pulperia. La famille surveillera letroupeau, mais ne fera rien pour améliorer cet intérieur. Le