admis. Les joies et les fêtes de Valparaiso retentissent àpeine au sein de cette paisible colonie ; des intérêts com-merciaux nombreux et puissants la rattachent seuls à laville qui bruit au pied de sa montagne.
» Le Panthéon de Valparaiso n’est point, comme onpourrait le croire, un lieu de sépulture exclusivementréservé aux citoyens illustres ; c’est tout simplement uncimetière où la ville dépose ses morts les plus vulgaires, enfaisant payer par les uns, un certain droit d’inhumation,en jetant les autres dans des fosses communes, près de laplace réservée aux protestants.Dès l’entrée, une atmo-
sphère chargée d’émanations suaves surprend et réjouitl’odorat. La rade azurée apparaît, couverte de navires etsillonnée de petites barques ; puis, à travers une rumeurconfuse, l’oreille charmée distingue le chant joyeux destravailleurs et la plainte incessante des flots. Rien n’estmoins funèbre que ce cimetière grimpant et fleuri, où ga-zouille, voltige et folâtre tout un monde d’oiseaux, de pa-pillons et d’insectes. Les sentiers, sablés et ratissés avecsoin, séparent des plates-bantes couvertes de tombes co-quettes, montrant leurs robes blanches sous les rosiers etles chèvre-feuilles ; des rameaux vagabonds couronnent lesurnes cinéraires, des guirlandes sont suspendues aux brasdes croix. Les cyprès, l’if au feuillage sombre, le saule auxrameaux éplorés, semblent bannis de ce parterre, où lesrosiers festonnent les arbres, auxquels ils ont à regret cédéune place. Au milieu de l’allée principale, un cadran solaire,muni d’un canon de cuivre, semble marquer ironiquementles heures de l’éternité.
» Deux rues pavées de galet, à la pointe dure et tranchante,conduisent h l’Almendral ; l’une borde le rivage, l’autre
avoisine la montagne.C’est dans l’Almendral, c’est sur
le marché de la place d’Orégo qu’on rencontre les campa-gnards des environs de Valparaiso . Les vendeurs, abritéspar une natte que soutiennent des piquets, étalent sur untapis des fruits et différents comestibles. Ce sont des melonsmoins sucrés que les nôtres, des sandios, sorte de melonsverts au dehors, sanglants à l’intérieur, fort appréciés des