APPROUVE’ES P
COMPARAISON DES RAMES ORDINAIRES
avec les Rames tournantes .
O N a considéré le mouvement que fait un bâtimentpar le moyen des rames & des hommes qui les fontmouvoir, comme celui d’une galere. L’effort que les hom-mes font fur le manche de la rame, & la résistance par-tiale de seau qui se fait à l’autre grand bout de la mêmetame, se font sentir au point d’appui, où la rame est sou-tenue par le bâtiment. Ce point est comme le soutiend un levier ordinaire, qui porte toujours la somme de deuxpoids qui font aux extrémités, en y ajoutant la pesanteurpropre du levier, en quelque raison ou réciprocation quesoient les poids ou les forces appliquées. Ainsi plus il yaura de force au petit bout de la rame, & de résistanceau plus long bout à proportion, plus le point d’appui re-cevra d’imprefsion. Une galere iroit donc auíïì vite avecdeux rames seulement, qu’elle va avec toutes celles qu ony emploie, s’il étoit possible de faire mouvoir ces deuxrames avec toute la chiourme, & avec une vitesse égale,& auísi que ces rames eussent la largeur & la force né-cessaires.
Ces réflexions ont occasionné la découverte des ramesperpendiculaires;outre que les premieres ne font que fleu-rer l’eau quand la mer est agitée, & que les vagues fontgrandes, souvent les rames ne prennent point d’eau, &deviennent inutiles : en ce cas les rameurs font culbutés parle manque de résistance.
Ces inconvéniens ne sauroient arriver aux nouvellesrames, parce qu’elles prennent perpendiculairement l’eau,& elles s’y enfoncent assez pour ne la pas manquer; quandmême ce coup échapperoit à Peau, les rameurs n’en seroientpoint incommodés, parce qu’ils trouvent de quoi s ap-puyer à chaque vibration, qui n est que d’un pied à demien avant, & autant en arriéré. D’ailleurs les rames ordi-naires ont plus de la moitié du temps perdu , parce qu’ilfaut relever & reporter la rame avant que de faire effort,ce qui fait que la galere va par saccades , & que ceux quifont dedans sentent tous les coups de rames à chaque fois,au lieu que les nouvelles rames vont toujours uniment enfe succédant l’une à P autre fans perte de temps, ce qui causeun mouvement uniforme au bâtiment, & qui n est pointapperçu de ceux qui sont dedans.
11 y a lieu d’espérer unegrande utilité de cette inventionpar rapport à Paugmentation de vitesse, en considérant ladifférence qu’il y a entre la vogue ordinaire & celles desrames tournantes; celle-ci fe fait fans interruption par uneforce unie continuellement appliquée suivant la même di-rection ; la vogue de la rame ordinaire se fait par secous-ses , & de trois temps qu’on emploie pour donner un coupde rame, un pour sortir la rame de Peau, le second pourpouffer la rame en avant, & le troisième pour refoulerî’eau ; il n’y a que le troisième qui sert, encore perd-11 de la force par la chute de toute la chiourme, qui.tombant toute ensemble fait plonger la galere , & rend lemouvement oblique, ce qui contribue beaucoup a la ruinedu bâtiment. Ce ne sont pas là les seuls défauts des ramesordinaires : on est obligé de les multiplier pour augmenterla force, ôcpar conséquent d’alonger le bâtiment, ce quile rend moins capable de résister à la mer. II faut auísi quele bâtiment soit bas, découvert, ôt ainsi fort exposé auxcoups de mer , par la nécessité de proportionner la lon-gueur de la rame à la force & à la grandeur de 1 homme ;êt quelque couverte que l’on donne à la chiourme, commedans lesgaleasses ,il faut toujours laisser les ouvertures pourla palemente, par où les coups de mer peuvent entrer.
On évite ces inconvéniens par les rames tournantes,puifqu’on peut augmenter la force en ajoutant seulementdes hommes lorsqu’on aura soin de proportionner la Ion-
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gueur & la largeur des rames à la grosseur du vaisseau ;& ces rames agiront toujours suivant le nombre d’hommesqu’on employera dessus, ôcnon suivant le nombre des ma-chines , comme sont les rames ordinaires, qui d’ailleurs nepeuvent plus servir aux vaisseaux au-dessus du quatrièmerang, à cause de la trop grande longueur qu’elles devroientavoir, qui ne feroit plus proportionnée à la grandeur or-dinaire de l’homme.
Par le moyen des rames tournantes on délivre l’équipagede la remorque, quiestundes plus fatigans services , ôcl’on fera aller le vaisseau incomparablement plus vite ques il étoit remorqué, parce que non-seulement les chalou-pes qui remorquent sont sujettes au défaut de la vogue or-,dinaire , où il y a les deux tiers du temps perdu, mais deplus elles ne peuvent pas faire force toutes ensemble; & levaisseau les faisant revenir à lui après le coup de rame,elles ont cet espace à regagner le coup d’après. D’ailleursle cable de la remorque s’enfonçant dans l’eau par fa pesan-teur , il faut encore vaincre la résistance que l’eau lui faitpour se roidir.
Toutes ces choses ensemble diminuent considérable-ment la force de la remorque. Dans un combat les cha-loupes qu’on emploie sont exposées à la mousqueterie, àêtre coulées à fond par le canon de l’ennemi, ôtaux vaguesde la mer, qui leur permettent fort peu d’être dehors.
A cet égard les rames tournantes courent les mêmes ris-ques, & sont pareillement exposées au canon ôc aux va-gues , qui peuvent les emporter en les brisant.
Voici les expériences faites à Marseille par ordre dufeu Roi.
EXPERIENCES DE LA VITESSE
de la galere aux rames tournantes , comparée à cellesd’une galere ordinaire , faites à Marseille le 12 Fé-vrier 1 693.
A io\ 3“ du matin,la galere la Superbe étant sortiede son poste devant les Augustins, partitpour aller à la Chaisne.
A 1 o h . 1 x m. elle arriva à la Chaisne.
A 1 o b . 6 m , la galere aux Machines partit de son postedu fond du port.
A xo h . 13'". elle arriva à la Chaisne.
A io h . ipm. les deux galères à côté l’une de l’autre vo-guent tout.
A 1 oh. 23A la galere la Superbe passe, & vogue ensuiteà quartier de poupe.
A io h . 27 111 . la galere aux Machines passe.'
A io h . 28”. force de part & d’autre, & vogue tout.
A xo h . 30m, la galere la Superbe passe ensuite, vogue àquartier de proue.
A 1 o b , 32™ la galere aux Machines passe, ensuite la ga-lere la Superbe ajoute au quartier deproue des rames juíqu a ce qu’elle aitatteint la vitesse de la galere aux Ma-chines, & 1 on a trouvé qu’avec 7 à 8rames de moins de chaque côté ellesoutenoit avec la galere aux Machines,ce qui faisoit environ 200 hommes devogue, autant qu’il y en avoit fur lagalere aux Machines. 11 y avoit un peude vent par proue qui retardoit un peuplus la galere la Superbe que celle desMachines, parce que la Superbe avoitles mâts & les antennes, & l’autre non.