que l'auteur des Saturnales ; et leur doute est fondésur ce que la fonction de prxposilus sacri cubiculifut l’apanage ordinaire des eunuques, tandis queMacrobe . eut un lils nommé Kustliate, auquel iladressa ses principaux ouvrages, en lui prodiguantles expressions de la plus vive tendresse : « Kus-ihutifUi, luce mihi dlkctior.... Vilx mihi pari-ier dn/cedo et gtoria. »
V. Quelle fut la religion de Macrobe ? Cette ques-tion a excité une vive controverse parmi les éru-dits, parce qu’elle touchait de près à de grandsintérêts religieux. Le déiste anglais Collins, entreautres objections contre l'Evangile , avait soutenuqu’il n’était pas vraisemblable qu’un événementaussi marquant que le massacre des enfants deBethléem et des environs, depuis l’ilge de deuxans et au-dessous, rapporté par saint Matthieu ',edt été passé sous silence par tous les écrivainspaïens, au nombre ' s il ne veut pas compterMacrobe , qui en a parlé 1 , et qu’il considère commechrétien. Collins avait en sa faveur l’opinion deCrotius 3 et celle de Barlli 4. Ce dernier, touten disant qu’on trouve dans les écrits de Macrobe quelques légers indices qu'il professait la religiondes chrétiens 6 , le place néanmoins au nombredes écrivains païens. Jean Masson se chargea de ré-pondre à Collins, et le lit dans une lettre écrite enanglais , adressée à Chaud 1er, évêque de Coventry ,et imprimée à la suite d’un ouvrage, de ce dernier eufaveur de la religion chrétienne 6 . Masson y établitle paganisme de Macrobe , en faisant voir qu’à l’i-mitation de Celse, de Porphyre , de Julien, il s’ef-force de laver le polythéisme du reproche d’absur-dité qu'on lui adressait avec tant de justice, et quec’est dans ce. dessein qu’il réduit ses nombreusesdivinités il n’être plus que des emblèmes, des at-tributs divers du soleil. Au reste, continue Masson,dont j’analyse les raisonnements, il ne parle jamaisde ces dieux que le vulgaire adorait, sans marquerqu'il leur rendait aussi les mêmes honneurs. « Dans« nos saillies cérémonies , dit-il, nous prions Ja-« nus 7. nous adorons Apollon , etc. » Ces ex-
pressions, et plusieurs autres semblables, se ren-contrent fréquemment dans les Saturnales ; etcertainement, s’il eût été chrétien, Macrobe seserait abstenu de les employer à une époque où lalutte, entre les deux principales religions qui se par-tageaient la croyance du monde existait encore dans
i c. il, ♦. m.
s SnturnnI., 1. ii, e. 1 .
3 Opéra Théologien H. Gimni; London , 107», 4 Vol. ill-r»l. (Commentaire sur h» fevau B ||,.» t |. „ ( v „|. u, p. 10 .)
» Advers. et comment., I. xi.viii, c . 8, colon». '3258.
5 Deux expressions de Mucrolic semblent déceler le chré-tien : Dais omnium fabricatar ( Salurnnl., L VU, c. 3).Deusopitex omnes sensus in capilc locavit. ( Mil. I. id., c.II.) Néanmoins ces expressions seraient encore naturellessous In plume d’un néoplatonicien de la lin du i» „|è c |e,
fi .4 vindieation of the défense of christiunity, from lheprophetius of the old Testament ; London, nu», |n-n«. Ontrouve aussi une analyse assez elondue de celle lettre dansle t. XIII , T- 431, de la Ilibliothéquc raisonnée des ouvra-ges des savants de l'Europe; Amsterdam, 1731, iu-ia.
’ Salurnal. (I. l, c. !))■
toute sa vigueur, et même était la pensée domi.liante qui occupait alors les esprits. On sait d’ail*leurs que les premiers chrétiens poussaient si loinle scrupule en cette matière, qu’ils s’abstenaientde manger des viandes qui avaient été offertes auxidoles, et que plusieurs d’entre eux furent mis àmort pour avoir refusé de participer, sous les em-pereurs païens, au service militaire, qui les eûtcontraints de rendre aux fausses divinités des hon-neurs qu’ils regardaient comme coupables. — Tousles interlocuteurs que Macrobe introduit dans lesSaturnales, et qu’il donne pour scs amis et ses plusintimes confidents, manifestent le plus parfait as-sentiment et la plus sincère admiration pour lesystème, religieux de Prætextatus : « Quand il eut« cessé de parler, tous les assistants, les yeux fixés« sur lui, témoignaient leur admiration par leur« silence. Ensuite on commença à louer, l'un sa•t mémoire, l’autre sa doctrine, tous sa religion,« assurant qu’il était le seul qui connût bien le se-« cret de la nature des dieux ; que lui seul avait« l’intelligence pour comprendre les choses divi-« nés et le génie pour en parler 1 .» If on saitd’ailleurs que l’rætextatus était prêtre des idoles,comme on le verra plus bas. Quant à Symmaque (qui est aussi un des principaux interlocuteurs desSaturnales), outre qu’il fut grand pontife, ses écritscontre le christianisme, qui sont parvenus jusqu’ànous, ne laissent aucun doute sur ses opinions.Une présomption nouvelle en faveur du paganismede Macrobe , c’est le silence absolu qu’il garde surla religion chrétienne , dont le sujet de ses ouvra-ges appelait si naturellement la discussion. S’il nel’a point abordée, c’est, je pense , par égard pourles sentiments du souverain à la personne duquel ilse trouvait attaché par un emploi important, etqu’il aura craint, sans doute , de choquer.
VI. Maintenant que tous les documents sur lapersonne de Macrobe sont épuisés, je passe à sesouvrages. 11 nous en est parvenu trois : 1° le Com-mentaire sur le Songe de Scipion; 2" les Saturna-les; 3° le traité des différences et des associationsdes mots grecs et latins.
COMAI KNTAUIE SUll LE SONGE DE SCll’ION.
Dans le sixième livre, de 1a République de Cicé-ron , Scipion l’.milien voit en songe son aïeul l’A-fricain , qui lui décrit les récompenses qui atten-dent, dans une autre vie, ceux qui ont bienservi leur patrie dans celle-ci : c’est le texte choisipar Macrobe pour exposer, dans un commentairedivisé en deux livres, les sentiments des anciensconcernant le système du monde. Astronomie , as-trologie , b céleste, cosmologie, métaphy-
sique, telles senties sections des connaissances hu-maines sur lesquelles roulent ses dissertations; ou-vrage d’autant plus précieux, qu’il est permis dele considérer comme l’expression lidèle des opi-nions des savants de son temps sur ces diversesmatières. Brucker reconnaît dans les idées de notre
1 Salurnal., 1. I, O. 17.
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