LES SATURNALES.
qui cultiva avec une égale application la philo-sophie et l'art de la parole, toutes les l'ois qu'iltraite ou de la nature des dieux, ou du destin,ou de la divination, affaiblit par l'incohérence deses raisonnements la gloire qu’il tira de son élo-quenee. Symmaque répliqua— : Plus tard nousnous occuperons de Cicéron, qui d’ailleurs, Evan-gélus, est au-dessus du blâme. Maintenant, puis-qu'il s’agit de Virgile, je veux que tu me dises situ penses que les ouvrages de ce poète ne sont pro-pres seulement qu’à instruire les enfants, ou si<u avoues qu’ils contiennent des choses au-dessusde cet âge. Car il me paraît que les vers deVirgile sont encore pour toi ce qu’ils étaientpour nous, dans notre enfance uous les
récitions d’après nos maîtres. Evangélus lui ré-pondit :— Lorsque nous étions enfants, Symma-que, nous admirions Virgile sans connaissancede cause; car ni nos maîtres, ni notre âge, nenous permettaient d’apercevoir ses défauts.Qui oserait cependant les nier, alors que l’au-teur lui-même les a avoués? En léguant, avantde mourir, son poëme aux llammes, n’a-t-ilpas voulu sauver sa mémoire des affronts deIn postérité? Et certes l’on s’aperçoit que ce n’estpas sans raison qu’il a redouté le jugement del’avenir; quand on lit, ou le passage dans le-quel Vénus demande des armes pour son (ils auseul mari qu’elle avait épousé, et dont elle sa-vait bien qu’elle n’avait point eu d’enfant, oumille autres choses bien plus honteuses pour lepoète; soit en ce qui concerne les expressionstnntêt grecques, tantêt barbares; soit dans ladisposition même de l’ouvrage. A ces paroles, quifaisaient frémir l’assemblée, Symmaque répon-dit : — Evangélus, telle est la gloire de Virgile,qu’aucune louange ne peut l’accroître, qu’aucune
nelrabilis est, post videtiinnis. Nuiic, quia ciim Maroncnoliis negoliiim est, rcspoiulcas vol», utrum portai liiijusopéra mstituendis tantum piloris iilonea judices, an aliaillis alliera inesse fateaiis. Videris enim milii ita adliiic Yer-gilianns liaborc versus, qualilereos pueri magistris pr.-rle-genlibns eanebamtis. Imino pueri cuni csscnius, Sjrimna-rlu>, inquit Evangélus, sine jiidirin iiiirabaniur : inspicereautrui villa, ncr. per magislros, nec per lelulem licchal;(nnien non pudenter quisipiam negabil, euni ipse
confessas sit. Qui enim moriens poeina s.. legavit igni,
quid nisi lainæ sua 1 vaincra postcritati sulitralienda cura-vit? nec imnirrilo. Eruhuit quippede sc futura judicia, siIcgrrrliir petitin tleaî preeantis lilio arma a marilo, eui solinupsernt, nee ex eo prolom suscepisSe se noveral; vel simille alla multuui pudenda, seu in vcrtiis modo glacis,modo harbaris, seu in ipsa disposition!! operisdeprelien-derciilur. Clinique adlme dicentem omnes cxliorriiissenl,siihlexitit Syinniachiis : Urt-c est equtdcm , Evaugele, Ma-rnais glnria, ut nullins laodihus crescat, nullins vilupe-ralione miniialur. Yeruni ista,qiiæ proscindis, drfendtîreqeilihel potesl ex plebrin grainmatieoruni coliortc j ne Scr-vio mistro, (pii priscos, ni mca fert «pinfo, pitt-eeptorcsdoelrinaprn'stat, mexcnsandistatlbustpiiTiatnrliijinia Sed
St'J
critique ne peut l’affaiblir. Quant a tes tranchan-tes assertions, le moindre des grammairiens esten état d’y répondre, sans qu’il soit besoin defaire l’injure à notre ami Servius (lequel, àmon avis, surpasse eu savoir tous les maîtresanciens), d’avoir recours à lui pour réfuterde telles inculpations. Mais enfin, puisque lesvers d’un si grand poète t’ont déplu, je te de-manderai si du moins la force de l’éloquence,portée chez lui à un si haut degré, est digne dete plaire. Évangelusaceueillit d’abord cette ques-tion par un sourire. Il répondit ensuite : — Envérité, il ne vous reste plus qu’à proclamer encoreque Virgile est un orateur. Au reste, ee n’estpas surprenant, après que, tout à l’heure, vousaviez l’ambition de le placer aussi au rang desphilosophes. —Puisque tu as l’opinion, répli-qua Symmaque, que Virgile n’a rien envisagéque comme poète, quoique tu lui envies encorece titre, écoute ce qu’il dit lui-même des con-naissances variées qu’exigeait son ouvrage.Une de ses lettres, adressée à Auguste, com-mence ainsi : « je reçois de fréquentes let-« très de toi. » Et plus bas : « Quant à mon« Enée, certainement si je le jugeais digne de«t’être lu. je te l’enverrais volontiers; mais« l’ouvrage est encore tellement ébauché, que,k par suite de mon incapacité, un si grand tra-« vail me paraît à peine commencé; surtout« depuis que j’y consacre, comme tu le sais, de« nouvelles études d’une grande importance. »Ces paroles de Virgile sont concordantes avecl’abondance des choses que renferme son ouvrage,sur lesquelles la plupart des littérateurs passentlégèrement; comme si les grammairiens n’avaientautre chose à connaître que d’épiloguer sur lesmots. Ces beaux diseurs ont posé des bornes à la
qwmi, mi uni, «hui ]>i,<-(ICH libi in tanlo poeia (lispliciierit,nm i lamen nratorii, qui in eodein validissimi surit, ptorerevideantur. llæc verba primiim Evangrli risus rxcepit;deindesubjecit: Id hercule reslatdenique, ut el oraloremVcrgiliinn reuunlietis. Nec ininini, cmn et ad philosophas(juin aiubilus rester paulo ante provexcrit. Si in bac npj-nionecs, inquit Synmiacbiis, ut Maro tibi niliil nisi poeli-cum seusisse cxi&timelur, licet hoc qnoqne eideni nomenin videris : audi, quid de operis soi multiplici doctrina ipseproiiunlict. Ipsius enim Maroni? epislola, qua compellalAiigiislum, ita incipit : « Ego veto frequentes a le lileras« accipio. « Et infra -. « l)e Ænea quideni meo, si nielier-•« ente jam diguum aurilms liabcrcin tnis, libenler milte-« rem. Sed tanta iuehoata res est, lit pâme vitio mentis« tantum opus ingressus milii videar : cmn præserlim,« ut scis, alia quoque studio ad id opus multoque |to-« tiora impertiar. « Nec bis Vcrgilii verbis copia reruni(lissouat, quam plcriquc omues literatores pedilms illolispiælereuut, tauquaiu niliil ultra verborum e.xplaiialionemticeat misse grammatico. lia sjbi bçlli isli liomines cerlossrientiqc lines, ,et Y et ut quædam pomigriacl effala posue-limt; ultra quæ si quis egreili audeat, introspexisse ina'dem i)ea;, a qua marcs ubsterreutur, cxistiiuandus ait.