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LES SATURNALES, LIV. III.
CHAPITRE V.
Avec quel soin Virgile a spécifié les divers genres devictimes; el pourquoi il qualifie Mézence de contemp-teur des dieux?
L’exactitude de Virgile ne se montre pas moinsdans les rites des sacrifices que dans la sciencespéciale des dieux. Trébatius, livre I Des chosesreligieuses, nous apprend qu’il y a deux sortesde victimes ; les unes dans les entrailles des-quelles on consulte la volonté desdieux, les au-tres dont la vie [anima) est purement offerte ensacrifice à la divinité; ce qui leur fait donner parles haruspices le nom d 'animales. Virgile, dansses vers, a spécifié ces deux espèces de victimes ;la première, c’est-à-dire l’espèce de victimesdans les entrailles desquelles se manifeste la vo-lonté des dieux, en ces termes :
« Enée immole deux brebis, choisies selon« l’usage, n’ayant encore que deux ans. »
Et peu après :
« Didon consulte avec attention l’intérieur des« entrailles palpitantes des victimes. »
Il désigne la secoude espèce, c’est-à-dire celledans laquelle la victime est appelée animale,parce que son immolation n’a d’autre but qued’offrir sa vie à la divinité, lorsqu’il fait sacrifierun taureau par Entelle, vainqueur d’Éryx; car,dans cette occasion, voulant spécifier l’objet de lavictime animale, il s’est servi du mot technique :
« Je m’acquitte envers toi en t’immolant cette« âme, moins vile que celle de Darès. »
C'est pour caractériser le vœu qu’il emploie leverbe persolvo (j’acquittej, qui est letermesacra-mentel. De même, quelques vers plushaut, voulantaussi faire entendre que le taureau (abattu parDarès) était immolé, pour l’acquitter envers lesdieux, il avait dit :
CAPUT v.
Quanta fueritVergllii cura in exprimendis diversis hostiarumgeneribus : et cur Mezenlium contemtorem dixeril Deo-rum.
Nec minus de sacrificioruin usu, quam de Deorumscientia diligenliam suam pandit. Cum enim Trebaliuslibro primo de Religionibus doceat, hostiarum généraesse duo : unum, in quo voluutas Dei per exta disqui-rilur; alterum, in quo sola anima Deo sacratur, undeetiam haruspices animales bas hostias vocant : utrumquehostiarum genus in carminé suo Vergilius ostendit. Etprimo quidem illud, quo voluutas numinum per extamonstratur :
Mactat lectas de more bidentes.et mox :
Pecudutnque rectusis
Pectoribus inhians spirantiaconsulit exta.
Alterum illud, in quo hostia animalis dicitur, quod ejustantum anima sacratur, ostendit, cum facit Enlellumvictorem Eryci mactare laurum. Nam, ut explerel anima-lis hostiæ causas, ipso usus est nomine :
Hanc tibi Eryx mcliorem animam pro morte Daretis.et ut nuncupata vota signaret, ait, persolvo : quod de
« Le taureau est abattu, et tombe par terre« tremblant, inanimé. »
Virgile n’a-t-il pas aussi, en cet autre endroit,voulu parler de la victime animale :
" O Grecs, lorsquejadis vous avez abordésur less côtes d 1 lion, c’est avec du sang et par lesacri-i fice d’une vierge que vous avez apaisé les vents :« ce n’est que par le sang que vous obtiendrez le« retour, et en sacrifiant la vie d’un Grec (anima-« gue litandum Argolica) ; »car il a employé le mot animam pour caractériserle genre de la victime, et le verbe lilare, qui si-gnifie un sacrifice offert pour apaiser la divinité.
Parmi ces deux espèces de victimes, soit ani-males, soit consultatoires , on distinguait encorecelles appelées injuges, c’est-à-dire qui n’ont ja-mais été domptées ou placées sous le joug; notrepoète les mentionne en ces termes :
"J1 conviendra maintenant d’immoler sept tau-* reaux qui n’aient jamais porté lejoug ( grege de« intacto), autant de brebis, choisies, selon l’usage,» parmi celles qui n’ont encore que deux ans. »
Et dans un autre endroit il désigne encore plusclairement les injuges , lorsqu’il dit ;
« Des génisses dont la tête n’ait jamais porté« le joug.
De même aussi l’adjectif eximius (choisi),en matière de sacrifices, n’est point une épithète,mais un terme sacramentel; car Véra nius , dansses Questions pontificales, nous apprend qu’onappelle hostiœ eximiœ ( victimes choisies) cellesqui, étant destinées pour le sacrifice, sont sépa-rées du troupeau ( eximuntur) ; ou bien qui, àcause de leur belle espèce ( eximia specie) , sontchoisies pour être offertes aux dieux ; c’est ce quia fait dire à Virgile ;
voto proprie dicitur. Utque ostenderel persolutum Diis,signavit dicens :
Sternitur, exanimisque tremens procumbit humf bos.Videndum etiam, ne et illam hostiam ostendat animaient ;
Sanguine placastis vcntos et virgine cæsa,
Cum primum Iliacas Danai venisfis ad oras :
Sanguine quærendi redilus, animaque litandum
Argolica.
nam et animam, id est, hostiæ nomen, posuit, et litar.e,quod significat sacrificio facto placare numen.
In his ipsis hostiis, vel animalibus, vel consultatoriis,quædam sunt, quæ hostiæ injuges vocantur, id est, quænunquam domitæ, aut jugo subdilæ sunt. Harum quoquenoster poëta sic meminit :
Nunc grege deniveo seplem mactare juvencos
Præstiterit, totidem lectas de more bidentes.et, ut injuges evidentius exprimeret, adjecit:
Et intacta totidem cervice juvencas.
Eximii quoque in sacrificiis vocabulum non poëticumItoOetov, sed sacerdotale nomen est. Veranius enim in Pon-tilicalibus quæstionibns docet, eximias dictas hostias, quæad sacrificium destinatæ eximanlur e grege; vel quod exi-mia specie, quasi offerendæ numinibus, eligantur. Hinc ait :