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LES SATURNALES, L1V. IV.
« ni la cruelle Céléon , parmi tant d’horribles» prédictions, ne. m’avaient annoncé ce désastre. »Ce qui nous fait comprendre que la mort deson père était, un événement plus cruel pour Enée (pie tous ceux qu’il avait, soufferts. On a nié qu’ill'iit possible d’agrandir une chose par la compa-raison d’une autre plus grande (« majore ); maisVirgile a employé ce moyen avec beaucoup d’ha-bileté, à l’occasion de la mort de Didon . « La« consternation est la même que si Carthage ou« l’antique Tyr fussent tombées sous les coups« d'un ennemi vainqueur.» Par où il fait voirquela seule mort de Didon causa une aussi grandedésolation que si la ville entière eût été détruite;ce qui, néanmoins, aurait été indubitablementune plus grande calamité. Homère a employé lamême (igure : « Il semblait que l’altière llion fût« devenue toutentière la proie des flammes.»
Il est un autre lieu commun, usité chez Ses ora-teurs pour produire le pathétique. On le rencon-tre fréquemment dans Virgile . (Lest celui qu’onappelle prœte.r spart (qui trompe l’espérance).(Exemple) :
« Et nous qui sommes votre race, nous à qui« vous accordez les célestes demeures, » etc. Au-tre exemple: c'est Didon qui parle: «Si j’ai pu«prévoir un coup si cruel, je pourrai bien, ma« sœur, le supporter. » (Autre) : Enée parlant d'E-vandre(à l’occasion de la mort de son fils Pal las):« Peut-être que, séduit par une espérance, Délits !«trop vaine, il forme ù présent des vœux... »Autre: « Un étranger (chose que nous n’aurions
nom illi visa, quani patris mortem ? A majore nogaveruiitipiidam ma angcii posse. Sed déganter hoc. ci rca Dido-nom Vcrgilius imluxit :
Non aliter, qunm si immissls ruai tioslibua oninls
Carthage , nul indiqua Tyros.ilixiteniin, mm minorent Inclina fuisse ex uninsnnirle,quant si loin nrhs, quoil sine ilnhio esset niajus, missel.Et lloinerns idem fee.it :
<1>; et Æjratra
'JXio; ôrppuôeCTaa rcupt a|j.r J yo'.xo y.ax’ àxpaç.
ïst iiprnl oratores et illn locus iilnneus ad pallies moven-dinii, qui dieilur, prrrtcr spem. llunu Vcrgilius l'roque.n-Ljr exere.iiit :
Nos tua progenies, ciell quilHis annuls areem.c. cetera. El Dido :
Il une, ego si potui lanlum sperare dolorem,
lit perl'erre,’ soror, polero.dlneas de Evandro :
Kl uunc illn ipiidem spe mulluin caplus iiiaui
Purs el vota fanil.et llud :
Advenu noslri,
Quoil nmii|uiiin verlli similis, ni pnssessor ugelli
Diceret, Maie measunl : vete.rcs migrale coiuni.
Inv.mio tamen, pusse alii|uem ex eu, quod jam sperave-ritjinovcre pathos, ut livamier :
« jamais pu croire), possesseur de notre petit« champ, nous dit : Partez,anciens colons ! ees« terres sont à moi. »
Ou peut aussi tirer un moyen de pathétiqued’un espoir déçu; comme lorsqu’lîvandre dit (enparlant de son fils) :« .le n’ignorais pas combien est« douce la gloire qui s’acquiert dans les premiers« combats. »
Les orateurs appel lent homéopathée, cette figurequi produit le pathétique par la similitude dessentiments, comme dans ces passages de Virgile :« Tel fut jadis Anchise votre père. » Et : « Ce ta-« liteau de piété filiale pénétra IA me (d’hile). »« L’image chérie de mon père s’offrit à mes« yeux. » Didon (auxTroyens) : « Une fortune pa-« reille à la vôtre m’a soumise à mille épreuves. »Il est un lieu commun, dans lequel, pour pro-duire le pathétique, on s’adresse arfx êtres inani-més ou muets; les orateurs l’emploient fréquem-ment. Dans les deux cas, Virgile a tiré un grandparti de l’un et de l’autre, soit lorsque Didon s’é-crie : « Dépouilles qui me fûtes chères, tant que« les destins et un dieu l’ont permis ; » soit lors-que Turnus (fait cette priere) : « O terre, retiens« le dard d’Enée ! » soit lorsqu'il s’écrie: « O lance« qui ne fus jamais sourde à ma voix, voici le mo-« ment; » soit lorsque Mézence s’adressant à soncheval, lui dit : « Rlièbe, nous avons vécu long-« temps, si toutefois il est permis de dire que« quelque chose soit long pour les mortels. »L’nddubitation, que les Grecs appellent apore-se, est encore un moyen de pathétique employé
H and ignnrns eram, quantum nova gloria in annis,
Kl prædulcedecus.
Oratores éiioioitàOEiav voranl, quoties de similitudinepassionis pathos nasoitur, ut apiul Vcrgilium :
Fuit et tibi talis
Anchises genitor.et :
Pafrire strinxit pietatis imago,el. :
Suhiit cari gcnltoris imago,cl Dido :
Me quoque per multos similis fortuna lahores.
Ksi et illc locus ail ponnovendum pathos, iu quo sermodirigilur vel ad inauiuialia, vcl ad muta. Quo loco oralo-rcs frequenlcr ulunlur. Utmmqnc Vcrgilius beue patlie-tice traclavil; vel ciim ait Dido :
Dulces exuviæ, dum l'ata Dcusquc sinebanl.vel ému Turnus :
Tuque oplima ferrum
Terra tenc.el idem alibi :
Nunc, o nunquam frustrata vocatus
Hasla meos.
et ;
Rliœbe, diu, res si qua diu mortalibus ullaeat,
Viximus.