LES SATURNALES, HV.'V.
CHAPITRE XX.
Des Gargares et de la Mysie, d’âprês le premier livre desCéorgiques.
N’omettohs pas de parler des vers suivants,quenous trouvons dans le premier livre dès Géorgi-ques :
« Agriculteurs, invoquez des solstices htt-„ mides et des hivers sereins ; In poussière de l’hiver« réjouit lesclmmps où croissent les céréales. Riena n’enorgueillitdavnntage les champs de la Mysie,a et c’est alors que les G arguées s’étonnent eux-a mêmes de leurs propres moissons. »
Dans ce passage, outre qur le sens du poèteparaît plus obscur et plus complexe qu’à sonordinaire, lise présente encore une question,quitient à l’antiquité grecque. Qu’est-cC que ces Gar-gares que Virgile cite comme un exemple defertilité? Ils sont situés dans la Mysie, qui est uneprovince de l’Hellespont; et le mot est au pluriel,parce qu’en effet il est deux points qui portent cenom; savoir : le sommet du mont Ida, et uneville située sur cette même montagne. C’est dusommet de lu montagne qu’Homère veut parler,lorsqu’il dit :
a II vient sur l’Ida qu’arrosent de nombreuses« fontaines, à Gargare qui nourrit des animaux« sauvages. »
Dans ce passage, le sens indique assez que parle mot Gargare il faut entendre le sommet leplus élevé de l’Ida; cor c’est de Jupiter que parlele poète. Ce sens est encore plus manifeste dansun autre passage du même poète :
« Ainsi le père (des dieux) reposait paisible-« ment au sommet du Gargare. »
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Le vieux écrivain Epicharme, dans sa pièceintitulée les Trotjcns, a dit :
« Letout-puissantJupiter,habitantduGargare« neigeux. »
D’après’ces passages, il est clair que In cime dumont Ida porte le nom de Gargare.
Je vais maintenant passer en revue ceux quiont parlé d’une ville nommée Gargare. Éphore,historien très-célèbre, dit dansson livre cinquième :
«Gargare est une ville située près d’Assos » Iln’est pas le seul qui en fasse mention. Un an-cien écrivain nommé Philéas, dans son livre in-titulé l'Asie, en parle en ces termes : « Auprès«d’Assos est une villenonnneeGargare, proche« d’Antandros. »
On attribue à Aratus un livre d’Élégies, où ila dit, en parlant d’un poète nommé Diotime :
« Je pleure Diotime qui, assis sur des pierres,« enseignait l’alphabet aux enfants des Garga-« réens. »
Ces vers nous apprennent même le nom descitoyens de cette ville, qui y sont nommés Gar-garéens.
Il est donc constant que le nom de Gargaredésigne tantôt le sommet d’une montagne, tan-tôt une ville située sur cette même montagne. Cen’est point du sommet, mais de la ville, que Vir-gile a voulu parler. Recherchons maintenantpourquoi il a cité Gargare comme un lieu d’unegrande fertilité. D’abord c’est un fait connu quela Mysie tout entière produit de riches moissons,qu’elle doit à l’humidité de son sol ; ce qui faitque Virgile, dans les vers cités, après avoir parlédes solstices humides, ajoute :
OAPUT XX.
De Gnrgarls et Mysla , ex primo GeOrglcon.
Neclllos versus rclinquemus intactos, qui sunt in primoGeorglcon :
llumlila solstllla atque hlemes orale serenas ,
AgHcolæ : hlhrrno lirtlsMmn pulvere farra,
I.æjus nper i nullo tantum se Mysta cultuJac.at, et Ipsa suas mtrantur Gargaru messes.
Scnsus hic cum videalnr obscurior, pauloque perploxiufl,quam poclæ hiijus mosesl, prommtlaliH, lamen lia belin se nniitiadvcrlendam qnæslionem ex gra-ca anliquilatevenienlem.qnæ sint isla Oaryara, quai Vergilius essevoluil fcrlililalis exemptai-, Cargara lime Igitur sont inMysia, quæ est llellesponti provincin. Sed significatif) no-luiniset lot i duplex esl. Nam et cacmncn mentis Ida-, etoppidum suli codent moule hoc no mine vocantnr. Ilome-rus signifie-îttioncm caruminis ita ponit :
’lBpv 8* ïxavev 7io).'J7rt5axa, gpvépa Oppwv,
IapyapQv.
hic Gargarmn pro exeelsissimo monlisloco accipi conve-nue et ipse sensus indicium faeit. Nam de Jove loquilur.Sed et alibi, eodem llomero leste, manifestins exprimi-tur :
"a? 6 [j.Èv à-rpépaç eiBe zarèp àvà rapyâpq) àxpqi.et Epicliarmus vetustissiinus poeta in falnila, quæ inscri-bitur Trocs , ila posui t. :
Zevc aval; vaiwv lapyap’ ày«vvupa.
Ex liis liquido claiet, Gargara cacumen Idæ montis ap-pellitari. Pro oppido aillent Gargara qui dixcriiit, eniime-rabo. Epliorus, notissimus liistoriarum scriptor, in libroquinto sic ait :
Met4 St v^v 'Aouov éuviv râpyapot TtXqatov mSXi;.
Nec Epliorus soins, sed ctiam Pliileas vêtus scriplor in eolibro,quimsr.rihUur Asia,ila meminil: MevàMaiiov noXtçtoTivîvoga râpY«p°c TaO-rp; {^evat 'AvTavSpo;. Arali etiamliber fertur clegion : in que de Diotimo qnodam poêla sicail :
AiaÇü) Aiôvqrov, 8; l'> itévpijffi xiBpvai,l’apYapÉaJV iraioiv psjra xai àXpa tiyu iv.
Ex bis versibns etiam eivintn nouien innoluil, quia Gar-gares voeanlnr. Cum igitur ronstet, Gargara mme plomontis carumine, mine pro oppido sub eodem monte pu-sito aeeipiendaj Vergilius non de si.-oimo moule, sed deoppido loquitur. Cur tainen Gargara posuerit, ut locumfrugum feraeem, requiramus. Et omnvm quidem illamPlysiam opimis segelibus babilam salis constat, sciiicetob Immorcm soli. Uude et Vergilius iu supradictis versi-bus cimi dixisset.