Buch 
Macrobe (oeuvres completes), Varron (de la langue latine), Pomponius Mela (oeuvres completes) : avec la traduction en français / publiées sous la direction de M. Nisard
Entstehung
Seite
336
JPEG-Download
 

386

MACROBE.

« Rien n’enorgueillit davantage les champs de« la Mysie. »

Comme s’il disait : Tout pays qui sera convena-blement humecté égalera en fécondité les champsde la Mysie. Lorsqu’Homère dit :

« Il vint sur l’Ida qu’arrosent de nombreuses« fontaines, »

il veut parler du territoire situé au pied de lamontagne ; car mhjmSxxa signifie, arrosé parbeaucoup de fontaines; ce qui communiquait unesi grande fertilité au Gargare, que son nom étaitpassé en proverbe, pour exprimer un grandnombre, une immense multitude. Témoin Al-cée, qui s’exprime ainsi dans sa tragédie deCœlus :

« Je rencontrai dans la campagne un grand« nombre d’hommes qui se rendaient à la fête,«au nombre de vingt environ. D’un lieu élevé,« je vois une grande multitude d’hommes (Faoyap,« àvOpomov) rangés en cercle. »

Il est évident, comme vous voyez, que lepoète a employé le mot Gargare, pour multitude.C’est ainsi que, dans ses fables, Aristomène adit :

« Il y a une multitude d’hommes (avSpôiv yâp-« yapa) ici dedans. »

Le poète Aristophane, dans sa comédie desAcharnes, fabrique un mot composé de celui deGargare et du mot grec qui signifie sable, pourexprimer, avec sa gaieté ordinaire, un nombreinnombrable : ce mot est <jra i u,[Aoxo<rtoYapY<xpa,« Mes douleurs sont innombrables. » Varron,dans ses satires Ménippées, a plusieurs foisemployé le mot ij'ap.pioxdtna seul, pour plusieurs :

Humida solslitia,intulit :

Nullo tantum se Mysia cultu-Jactat.

atquediceret : Omnis regio, quæ opportunos liabuerit liu-mores, æquiparabit fœcunditatcs arvorum Mysiæ. SedHomerus cnm ait :

'ISrjv S’ïxavev rcoXinriSaxa,

iuimidum désignât subjacentem monti agrum.Nam tcoXu-rrlSaxa significat fontibus abundantem. Unde hæc Gargaratanta friigum copia étant, ul, qui magnum cujusque reinumerum vellet exprimerc, pro multitudine immensaGargara nominaret. Testis Àlcæus, qui in Cœlo trago-diasic ait :

’JÎTÜYxa' | ov ptv àYPÔOav Tt^etorouç cpéptovEt? t^]v êopr^v ôoov olov èîxoffi.

Opû 8’ SvtoOev ripyap’ àvBpwmav xûxXqr.

Gargara, utvidetis, manifeste posuitpro multitudine. Necaliter Aristomenes 4v p.u0oi? '■

EvSov yàp f)p.ïv èauv àvSpüv yapyopa.

Arislophanes autein comicus, composito nomine ex arcnaet Gargaris, innumerabilem, ut ejus leposest, numerumconatur cxprimere. In fabula enim Acbarnensium ait :”A8’ à)8uvr,0r,v ^appoxotTioyiipYixpa.

autem seorsum pro multis Varro sæpe in

mais Aristophane ajoute Gargara pour exprimerune quantité innombrable.

D’après tout cela, le sens des vers de Virgileest donc celui-ci : Lorsque la température, del’année amène un hiver serein et un été humide,les fruits réussissent parfaitement; et cette tem-pérature est tellement nécessaire à la terre, que,sans elle, les champs féconds de la Mysie nepourraient soutenir la réputation de fertilité dontils jouissent. Après la Mysie, le poète désigneencore nominativement Gargare; parce que cetteville, située au pied du mont Ida, et arrosée pnrles eaux qui en descendent, semblerait pouvoirse passer des pluies de l’été.

On peut encore invoquer,relativementàce pas-sage, le témoignage d’Eschyle, pour prouver quele territoire de Gargare, voisin du mont Ida,n’était pas lui seul arrosé, mais encore le terraintout entier de la Mysie :

« O vous aussi, courant d’eau de la Mysie.»Nous avons indiqué les auteurs grecs chez les-quels Virgile a puisé pour ce passage; faisonsvoir encore, et pour l’agrément du sujet, et pourdémontrer que votre poète a recueilli des orne-ments de tous côtés chez les divers auteurs del’antiquité, faisons voir d’où il a tiré:

« La poussière de l’hiver réjouit les champs« où croissent les céréales. »

On trouve, dans un très-ancien livre de poésiesqu’on croit composées avant toutes celles quenous avons en latin, ce vieux et rustique chant :

« Avec un hiver poudreux et un printemps« boueux, tu moissonneras, ô Camille, une grande« quantité de grains. »

Menippeis suis posait. Sed Aristophanes adjecit Gargara,ad significalionem numerosilatis innnmeræ. Est ergo se-cnndum bæc sensus bonirn versuuin talis : Cum ea sitanni temperies, ut hiems serena sit, solstilium voro im-bricum : fructusoplime proveniunl. Iiœc autem adeo agrisnecessaria sunt, ut sine bis nec illi nalura fuxundissimiMysiæ agit responsuri sint opiidoni fcrlilitalis, quæ debis hahetur. Addil Mysiæ nominalim Gargara; quod caurbs posita in imis radicibus Idæ ntontis, defbicntibusinde bumoribus irrigetur, possitque videri solstitinlos im-bres non magnoperedesiderare. lloc in locoad lidem sen-sui faciendam, quod uliginosa sint non sola Gargara provicinia montis, sed et universæ Mysiæ arva, adbiberi po-test testis Æscbylus :

'là xodxe MOataC x’ èitqiÿoai.

Quid de Græcis in boc loco traxerit, diximus. Addcmuspræterea boc, jucundilatis gratis, et ut liqueat, Vergiliiiuiveslrum undique veterum sibi ornamenla traxisse, undeboc dixerit :

Hiberno lælissima putvere farra.

In libro enimvetuslissimorum carminum,qui ante onmia,quæ a tatinis scripla sunt, composites ferebatur, inveni-lur boc rusticum vêtus canticum : « Hiberno pulvere,« verno luto, grandis laiva, Camille, metes.