355
LES S AT U UN A LES, LLV. VI.
« campagne joyeuse et verdoyante, la tête haute,« agitant fréquemment sa crinière hérissée, et» lançant do ses naseaux enflammés un souflle« mêlé d’écume biancMtre. »
Et Virgile après lui :
« Tel un coursier s’enfuit, après avoir rompu« les liens qui l’attachent à la crèehe, etc.
Que personne ne croie devoir dédaigner les an-ciens poètes, parce que leurs vers aujourd’huinous paraissent durs. Leur style était celui quiplaisait aux hommes du siècle d’Eimius; et ilfallut de longs travaux dans l’âge qui suivit,pour lui donner des formes plus polies. Mais jene veux pas empêcher Cécina de nous révéler,à son tour, les emprunts faits à l’antiquité, qu’ila observés duus Virgile.
CHAPITRE IV.
De certains mots latins, arecs et barbares, dont on pour-rait croire que Virgile a usé le premier, tandis que lesanciens les ont employés avant lui.
Alors Cécina parla en ees termes : — EuriusAlbin vient de vous signaler, en homme qui pos-sède pleinement les auteurs anciens et moder-nes, les vers, ou même les passages entiers, que,Virgile a puisés duns l’antiquité : moi, je veuxm’attacher à vous démontrer que ce savant poètea su apprécier avec beaucoup de justesse les ex-pressions employées par les anciens, et qu’il enest quelques -unes qu’il a choisies pour en faireusage dans ses vers, où elles nous paraissentnouvelles, à cause de notre négligence à étudierl’antiquité. Ainsi, lorsqu’il a employé addita
y
Vlnclu «uis mugnls aniinis nbrupit, cl IndeVert Best! cnmpi per cterubi lætuquo prêtaCelao pectoro, suipc Jubam (|uassalslnuil allam,
SptrHus ex anima calida spuiuas agit albas.
Vcrgilius :
Qualis ul)l nbruptls (agit priescpln viuclis, etc.
Nemo ex hoc viles pulet veteres portas, tpiotl versusconnu scabri nobis videntur. Illc cnim alibis Eniauni se-culi auribus solus piaeebat : et diu laboravit aolas secuta,ut magma Imic molliori lilo arquiesccrctur. Sed ulleriusmm moror Cæciuam, qnin et ipso prodal, quæ meminitMarouem ex anliquitalo Iranstuliffsc.
CAl’UX IV.
De voeabulls latlnla, Rræcis, barbarisque, qullms Vergiliuspriitiua uaua ease vider! poastt, eum tuuieu ante cl veteresiisdem usi sint.
Xum Cæcina : In versibus vel in locis quantum sibi Martiox anliquitalo quæsiverit, Furius ut memor et veterls, e|,novæ auctornm copiæ disscruit. lîgo conabor ostemlere,hune studiosissimum valem et de aingulis verbis veterumaptissime judieasse, et inaeruissc eleela operi auo verba,quæ nobis novuvitleri facit incuria vctuslatia. Ut ecccad-
pour inimica et infesta, qui ne croirait que lepoète u eu la fantaisie puremeut arbitraire de fa-briquer un nouveau mot? Mais il n’en est pointainsi; car s’il a dit :
.Et Junon, acharnée ( addita ) contre les
« Troyens, les poursuivra partout »,employant addita pour adfixa (acharnée),c’est-à-dire ennemie, Lueile avait, avant Virgile,employé la même expression, dans les vers sui-vants de son quatorzième livre :
« Si le préteur n’était point acharné ( additus)« après moi, et s’il ne me tourmentait point, eet« homme n’aurait pas si mal parlé de moi seul. »Virgile :
» .... des palais qui, chaque matin, vomissent« des flots {vomit undam) de clients qui viennent<t saluer. »
Vomit undam est une belle mais antique ex-pression ; car Ennius a dit :
« Le fleuve du Tibre vomit ses eaux dans la« mer salée. »
C’est ainsi que nous appelons aujourd’hui vo-mitoires le lieu par où la foule se précipite,pour se répandre sur les bancs du théâtre.
Agmen est employé élégamment par Virgile pouractus etductus , comme :
« Le Tibre au cours ( agmine ) lent. »
C’est aussi une expression antique ; car Enniusa dit, livre cinquième :
« Le fleuve traverse d’un cours ( agmine )« lent l’intérieur riant de la ville. »
Quand Virgile a dit :
« Brûler d’une flamme pétillante » ( crepilan -iibus ftammis),
dita, pro inimica et infesta, quis non exislimet poetamarbitrio stto novmn verbum sibi voltiisse fabricare? Sednon ita. Nam, quod ait,
NeoTcnttria aildita JunoUsqunm nberit,
id est, abixa, et per hocinfesla : liocjam dixerat Luciliusin libro quarto dccimohis versibus :
SI mild non præ.tor siet nddltus, nique agltel me :
Non male sic ille, utdico, me extenderat unus.
Vergilius :
Mnnesalutantum tolis vomit tcdlbtis undam.
Pulchre, vomitundam, et antique : nam Ennius ait,
Et Tlberis flurnen vomit in mare salsum.unde et mine vomitoria in spcctaculis dicimus, mulehumilies glomcratim ingredientes iu sedilia se fundmil.Agmen pro acta et duclu quodam ponere non inélégant,est, ut :
Levi Huit ngmine l'ibris.
iinuio et aiiliqunin est. Ennius cnim quintoait :
ytiotl peramœnnm urbem leni (luit ugmine (lumen.
Quod ait :
Crepltantibus urere flammis,
non novuin usurpavitverbuin, sedprior Lucrctiusiii sextoposait :