\
LES SATURNALES. LIV. VU. 373
que donna le très-savant Callias, où assistèrentChnrmade, Antistbène, llermogène, et d’autrespersonnages du même caractère, on ne parlaexclusivement que de philosophie; mais la ta-ble d’Alcinoüs et à celle de Bidon, consacréesuniquement au plaisir, furent appelés à l’une lo-pas, à l’autre Bémodoeus, pour chanter en s’ac-compagnant sur la cithare. La première fut en-tourée de danseurs; et à celle de Bidon, lîitiasbut du vin avec tant d’avidité, qu’il s’inondalui-méme de celui qu’il ne put avaler. Si quelqu’unparmi les Phcaciens, ou parmi les Carthaginois,eût été jeter à travers les propos de la tabledes discours sur la sagesse, n’est-il pas vrai qu’ilaurait détruit tout le charme propre ù ce genrede festin, et qu’il se serait attiré des moqueriesassurément bien méritées? Concluons de toutcela que la première considération à laquelledoit avoir égard un philosophe qui assiste il unrepas, c’est d’apprécier ses convives. Après avoirreconnu l’opportunité des circonstances, ce neseront point des questions obscures, abstraites,compliquées, difficiles, qu’il devra agiter leverre en main ; mais des questions faciles , quoi-que utiles. Car si quelqu'un de ceux qui sontappelés dans les festins pour s’y livrer ü la danseallait, pour se faire valoir davantage, provoquerses camarades à la course ou au pugilat, sonextravagance le ferait congédier par la société,dont elle exciterait les dérisions, lien est pa-reillement, alors même qu’il pourra être permisde philosopher à table ; ce doit être sur des ma-tières analogues à la circonstance ; en sorte queles Muses viennent se joindre aux Nymphes, afinde mêler leur sagesse à la gaieté produite par laliqueur qui coule dans les coupes. Or, puisqu’il
rosquo liis similes, vorbiim milium , nisi philosophiciim,saisit. At voro Atcinoi et Didonis niensa, quasi solisapla delir.iis, lialmil hier, lopam, ilia Deniudoeniii, cilhaiacimentes. Nec. deerant apud Alcinouin saltatorcs viri,elapndIfidoneni liilias, sic hauriens încrnm, ut, se tôt mu siipcrlluaejus elfnsione prnlncret. Nonne, si quisaul inter Pli,nains,ant apud Pmnos, sermones de sapientia ernlos cmivivalihiisfalmlis niisciiissct, et gratiam illis cwtilms aplani perde-ret, et in se risum plane jiislinn movcretP Krgo prima cjusobservalio erit æslimnre eonvivas. Deindc, ulii silii loeumpalere viderit, non (le ipsis prolunditatis suæ secrelisinter pneula l<»(|ucltir, nec nodosas et anxias, sed utilesquidem faciles lamen qninstiones moveliit. Nam sieutinter ill’os, qui exerritii gémis liahent in mediis sallarceonviviis' si quis, "t se amplins exercent, yel ad cursimi,vel ad piigilaluni sodales lncrssiveril, quasi ineptus reie-gahitur ah alacrilale eonsortii; sic, apud inensam, qnandolient, aptis pliilosopliandiim est : ut crateri liipioris, adliCliLiani nali, ndliihealur non modo Nympharmn, sedMusariun quoque admixtione teinperies. Nam si, ul fa-teri neeesse est, ininniii convenlu autlacenduin est, aulloqiiendiuu ; quieramus, silentiinnne eonviviis, an etop-portunns sermo ennveniat. Nam si, sieut apud Atlienas At-
est nécessaire de convenir de l’une de ces deuxchoses, ou qu’il faut se taire, ou qu’il faut, parlerdans les festins, voyons laquelle est lapluseon-vcnable, ou le silence, ou une conversation op-portune. S’il faut être silencieux au milieu desmets, comme le sont à Athènes les juges del’Aréopage, il est inutile de discuter s’il convientou non de philosopher à table : mais si nos repasne doivent pas être muets, pourquoi, puisque laparole y est permise, serait-elle interdite sur dessujets honnêtes, alors surtout que la conversa-tion contribue, autant que le vin au charmed’un festin ? En effet, si l’on veut sonder le senscaché ([«'Homère avait en vue, en parlant de cebaume
« .... Qui apaise la colère et le chagrin, et qui« verse l’oubli de tous les maux, »l’on verra que ce n’est ni une herbe, ni un sucde l’Inde, mais la douceur de la narration, quirappelle au bonheur l'étranger plongé dans lechagrin; car c’étaient les hauts faits d’Ulysse queHélène racontait devant son fils,
« Et tout ce que fit et tout ce qu’eut à supporter« cet homme courageux. »
Parce qu’en lui parlant de la gloire et de cha-cun des hauts faits de son père, Hélène rappelale bonheur dans l’Aine de Télémaque, on a cruqu’elle aurait môlé, au vin qu’elle lui versait , unremède contre le chagrin. Que fait cela, direz-vous, à la philosophie? C’est que rien n'a plusde connexité avec la sagesse que d'approprierses discours aux lieux, et au caractère des per-sonnes qui doivent les entendre. L’émulation desuns est excitée par des exemples de courage;d’autres le sont par des exemples de modestie ;d’autres par le tableau des bienfaits ; de pareils
liras Arc.opagilæ tarantes judicant, ila inter cpiilas opor-tetseniper silcri; non est ultra quærendiim , inter niensasphilostophanihini, nec,ne sit. Si vero non crnnt inula con-vivia ; cur, tihi sermo pormittilur, honestns sermo pro-hihetnr? maxime cum non minus, quam diilcedn vini,hilareritverba eonvivium. Nam , si Homeri laleiitein pni-denliam scrutera;allias, deleniinentum illiiil, quod llelenavino misant,
NviicévOi; t’ , àyo X6v te , xaxwv iTctXpOov ântxvTcov,
non lierha fuit, non ex India sneens, sed narrandi oppur-tunilas, quai hospitem mneroris ohlitum (lexit ad gau-ilium. Ulyssis enim præclara lacinora lilio priesentc nar-rahat,
Oîov xod t63’ êpeüs , xal ItX/i xapTEpà; àvrip.
Jïrgo palermun gloriain, et singula ejus foi lia fada dige-reudo, aiiiniiiin filiifec.it alaeriorem ; et ila crédita estcontra nimrorem vino remwlinm miscuisse. Quid hoc, in-quis, ail pliilosopliiam? linmo nihil tam cognation sapien-tial, quam locis et lemporihus aplare sermones, persona-nnn, quai oderinit, mstiniationc in inediiini vocata. Aliosenim relata incitabant exempla virtnluni, alios beneficionon, nonmillos inodesliæ; ut et qui aliter agehant, sæpe
i