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LES SATURNALES, L1V. VIT.
s’abstenir soigneusement (le lancer à table le sar-casme qui cache une injure; car des traits decette espèce restent pins profondément fixésqu'un outrage direct, comme un hameçon cro-chu reste enfoncé avec plus de ténacité qu’unelame droite. D’ailleurs, ces sarcasmes excitentle rire des personnes qui les entendent, lesquel-les paraissent ainsi confirmer l’insulte, en luidonnant leur assentiment. Voici un exemple dusarcasme injurieux : — i As-tu doncoubliéque tu« vendais des apprêts de cuisine?» Voici un exem-ple de cette espèce de sarcasme, que nous avonsdit être sou vent une injure déguisée: —« Nous nous« souvenons du temps où tu te mouchais au bras. »La même pensée a été exprimée par les deuxinterlocuteurs; mais le premier a proféré une in-sulte , parce que ce qu’il reproche est entièrementnu et à découvert; le second a lancé un sarcas-me, parce qu’il a déguisé l’outrage. Octave, quipassait pour être d’origine noble, dit un jour àCicéron, qui lisait en sa présence : « .le n’entends« pas ce que tu dis. »—« Cependant, lui répondit« celui-ci, je te savais les oreilles bien ouvertes : »ce qui fait allusion à l’opinion d’après laquelleOctave aurait été originaire de Libye, où c’estl’usage de percer les oreilles. Le même Cicéronrepoussa Labérius, qui venait s’asseoir auprèsde lui, en lui disant : « .le te recevrais bien, si je« n’étais assis ù l’étroit. » — A quoi Labériuslit cette réponse tout aussi mordante : — (>.-« pendant tu occupes ordinairement deux sièges, »voulant par lù reprocher à ce grand hommela mobilité de sa foi politique. Le mot de Cicé-ron, « si je n’élais assis trop ù l’étroit, » était unsarcasme lancé contre César, qui faisait fréquem-ment, dans le sénat, des promotions si nom-breuses, que les quatorze rangs de banquettes ne
direeti mucrones, tenacius infiguntur : maxime quia di-cta Imjiismwli risum pnesenlibus movent, qui) velutassensn3 généré contirniatur injuria. Est aulem hedorialiujusmodi : « Olilitusne es, quia salsamenla vendebas? »Scnnima autem, quod diximns sivpc conlumeliam essocclatam, laie est : « Meminimus quand» braebio le emun-« gelais, » Nam oui» res eadem ulroliique dicla sit; illudlamen lirdoria est, quoil aperle olijeelum cxproliratmnqueest : Imr, sconuua, quoil ligurate. Oclaviiis , qui natu no-liilis videbatur, (Jireroni recilanli ait : Non audio, quaiilicis. Ille respomlit : « Celte solelm lienc fondas lialiere„ aures. » lloc, eo diction est, quia Oriavins Eibys oriim-dus d icebatur, quibus mus est aureni forare. In cimdemCiceronem I.alieriiis, cum ali eo ail consessiim non rcci-|ieielur,dieentem, « Ilrcipcrein le, nisi auguste sederem ; »ait minus ille mordaeitrr : « Alqui solelias duabus sellis« sederej» olijiciens tniito viril liiliricuin lidei. Sed et quoilCicero dixil, tii.il, auguste, sederem , soomma fuit in C.Gæsarem , qui in sonatum passim lam multos admiltebatiut oosquatuordecini gradua caperenon pussent.. Tali ergogénéré, quoi! fmlum contumeiiæ est, abstinendiim sa-|iienle semper, cetcris in conviviis est. Sont alia scont-
pouvnient suffire à contenir les sénateurs. Ondoit donc éviter, dans les festins, ce dernier genrede sarcasme, qui renferme en soi l’outrage; et lesage doit l’éviter toujours.
Il est d’autres sarcasmes moins amers, qu’onpourrait comparer à la morsure d’un animal fé-roce, à qui l’on aurait arraché les dents. Tel estcelui de Cicéron à l’égard de ce consul dont lesfonctions ne durèrent qu’un jour : « Jadis nous«avions, disait-il, des ilamines diales; mainlc-« liant nous avons deseonsuls diales. » Et cct autresarcasme, lancé contre le même personnage :« Nous avons un consul très-vigilant, puisqu’il« n’a point goûté le sommeil pendant toute la« durée de son consulat. » — Comme ce mêmeconsul reprochait à Cicéron qu’il n’étaitpoint venului rendre visite, celui-ci lui répondit : — « J’é-« tais en route, lorsque la nuit m’a surpris. » Dessarcasmes de ce genre emportent plus d’agré-ment que d’amertume. De même ceux quisont relatifs à ces défauts corporels qui n’occa-sionnent que peu ou point de chagrin : commesi l’on plaisante sur une tête chauve, ou sur unnez nquilin,ou sur un nez comprimé ù la Socrate.Ce sont lù de petits malheurs qui ne peuvent oc-casionner qu’un chagrin proportionné. Au con-traire, la perte des yeux ne saurait être repro-chée sans occasionner quelque émotion. Eu effet,le roi Antigone, qui avait juré d’épargner Théo-cri te. de Chios, lè fit mourir ensuite, ù caused’un sarcasme que ce dernier avait lancé contrelui. On le conduisait vers Antigone, comme pourêtre condamné; sos amis le consolaient, et luidonnaient l’assurance qu’il éprouverait la clé-mence du roi, lorsqu’il serait devant ses yeux.— « C’est donc me dire, répliqua-t-il, que tout« espoir de salut m’est interdit. » Or Antigone
mata minus aspera, quasi edentatae belùrc morsus : utTullius in cousu lent, qui uno tantum die consulatum pe-rogit, « Soient, » inquit, « esse Ilamines diales : modo« consoles diales liabemns. » lit in eumdem : « Vigil.m-« tissimus est consul noster, qui in consulatu suo somnum« non vidit. » Eidemque exprohranli siln , quoil ad cumconsulcm non vrnisset, « Veniebam, » inquit, « sed nox« me comprebendit. » Hæc et talia sont, quæ plus urbani-latis, minus amaritudinis habent : ut sunt et ilia de non-nulliscoi'poreis vitiisaut pantin, autnilulgigncnliadoloris :ut si in ealvilium eiijusquam dieas , vel in nasum , scucurvam ereelionem, seu Socratiram depressionem. II,toenim, quanlo minoris inlbrtunii sunt, tanto levions do-Ioris. Contra oc.ulorum orbilas non sine excitalione.com-molionis objicitur : quippe Anligonus rex TheocrilumCliiuni, de quo juraverat, quod ei parsurus essel, occiditpropter scomma ali codent de se dietnm. Cum enim quasipuniendus ad Antigonum raperclur, solanlibus eum ami-eis, ac spom pollicenlibns, (|uod omnimode elementiamregis exportants esset, cum ad or.ulos ejus veuisset, te-sponilit : « Krgo impossibilem milii dicitis spem salulis. »Erat autem Antigouus ono orbatus oculo. Et importuna