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MACROBE.
CHAPITRE XIV.
Pourquoi les objets paraissent plus grands sous l’eau,qu’ils ne le sont en effet ; et en général comment s’opèrela vision : est-ce par la susoeption d’atomes qui émanentdos objets vers nos yeux, ou est-ce plutôt par une émis-sion de rayons hors de nos yeux?
Puisque tu as terminé avec les autres personnesde la société, continua Eusthate, consacre-moidonc un instant. Nous parlions tout à l’heure del’eau. Je demande : « Pourquoi les objets pa-« raissent plus grands dans l’eau qu’ils ne le sont«effectivement? « Ainsi, chez les traiteurs,certains mets délicats nous sont présentés, quinous semblent d’un volume plus considérablequ’ils ne sont en effet. Nous voyons, par exem-ple, dans des vaisseaux de verre en forme de pe-tits tonneaux, remplis d’eau, des œufs dont levolume paraît considérablement augmenté; desfoies dont les fibres paraissent très-gonflées, etdes oignons dont les zones orbiculaires sont très-agrandies. Enfin, les objets nous semblent alorstout différents de ce qu’ils sont réellement; c’estpourquoi certaines personnes ont là-dessus desidées fausses et hors de vraisemblance. — Disaire :L’eau est plus épaisse que l’air; c’est pourquoila vue la pénètre plus lentement. Sa résistancerepousse le trait visuel, qui est brisé et se repliesur lui-même. Ce retour ne s’effectue point enligne directe; mais le trait visuel rompu se re-plie en débordant en tout sens les contours del’objet ; et c’est ainsi que l’image de celui-ci sereprésente plus grande que son archétype. Ainsi,le disque du soleil nous apparaît le matin plusgrand qu’à l’ordinaire, parce qu’entre lui et nousse trouve placé l’air, encore surchargé de l’hu-midité de la nuit, qui agrandit l’image du soleil,
CAPUT XtV.
Simulacra cur sub aquis majora esse videantur, quam révérasint. Tum in universum quomodo Visio liât : an susceplionesimulacrorum,quæa rebus in oculos promanant? an poliusemissione radiorum ex ipsis oculis ?
Et quia a ceteris expeditus milii te paulisper indulges,modo autem nobis de aqua sermo fuit : qua‘ro : « Cur in« aqua simulacra majora veris videntur? » Quod genusapud popinatores pieraque scitamentomm cernimus pro-posila, ampliora specie, quam eorpore. Quippe videronsin doliolis vitreis aquæ plenis etova glohis majorihus, etjecuscuia fibrLs tumidioribus, et bulvas spiris ingentibus :et omuino ipsum vidcre, qua imbis ratione constat, quiasoient de hoc nonnulli nec vcra, nec verisimilia sentire.EtDisarius, Aqua, inquit, densior est aeris tenuitate :ideo cam cunclatior visus pénétrât. Cujus offensa reper-cussa videnli acies scinditur, et in se recui ril. Scissa dumredit, jam non directo ictu, sed undique versum incurritlineamenta simulacri : etsic fit, ut videatur imago archetyposuo grandior. Nam et solis orbis matutinus solito nobismajor apparet, qui interjacet inter nos et ipsum aer adliucde nocte roscidus : et grandese.it imago ejus, tanquam inaquæ speculo visatnr.
comme si on la voyait dans le miroir des eaux.
Quant à la nature même de la vision , Epicurel’a profondément étudiée; et son opinion, à monsens, doit être d’autant moins repoussée, qu’elleest fortement appuyée par Démocrite, qui, encela comme en tout le reste, est du même senti-ment que lui. Épicure pense donc qu’il s’échappecontinuellement de tous les corps une émanationde certains atomes, et que cette émission spon-tanée de particules d’un volume imperceptible,dont les corps se dépouillent, ne cesse pas unseul instant. Ces atomes trouvent un asile dansnos yeux, vers lesquels les attire le siège dusens auquel la nature les a appropriés. Voilà ceque soutient Épicure. Si tu es opposé à son opi-nion, j’attends oe que tu auras à lui répliquer. — Acela Eusthate répondit en souriant : Il est faciled’apercevoir ce qui a trompé Épicure. En effet, ils’est écarté de la vérité, en se réglant sur l'ana-logie des quatre autres sens. Car, dans l’ouïe,dans le goût, dans l’odorat, dans le toucher,rien n’émane de nous ; mais nous recevons dudehors ce qui provoque l’exercioe de chacun deces sens. Ainsi, la voix entre dans les oreilles;l’air coule dans les narines; c’est ce que nousfaisons entrer dans le palais, qui engendre lessaveurs ; et c’est en appliquant les objets contrenotre corps qu’ils deviennent sensibles au tact.C’est par analogie qu’Épicure a pensé qu’il ne s’é-chappe rien de nos yeux , mais que l’image desobjets vient s'y placer spontanément. Cette opi-nion est contredite par l’expérience du miroir,qui représente à celui qui s'y regarde son imagetournée vers lui, tandis qu’elle devrait, si elleémanait de nous en ligne directe, nous montreren s’échappant sa partie postérieure; en sorte
Ipsam vero « videndi naturam » non insubide inlros-pexit Epicnrus : cujus in hoc non est, ut exislimo, im-probandasententia, ndstipulanlepræcipue Democrito ; quiasicut in ceteris, ita et in hoc paria senserunt. Ergo cen-set Epicnrus, abonni ibus corporibns jugi fluoré qunqiiamsimulacra manare; nec unquam tantulam moram inlerve-nire, qui» ultro feranlur inani figura cobærentes corporumexuviæ, quarurn receplacula in uoslris oculis sunt:et ideoad deputalain sibi a natura sedem proprii sensus récur-rent. Hæc sunl, quæ vir ille commémorât : quibus si oc-curris obvius, exspeclo, quid referas. Ad hæc renidensEustathius, In propatnlo est, inquit, quod derepil Epieu-rum. A vero enim lapsus est, aliorum quatuor sensuuinsecutus exemplum : quia in audiendo , et guslando, etodorando, atque tangendo niliil e nobis emillinuis, sedextrinseeus accipimus , quod senstim soi moveat Quippeet vox ad aines ultro venit ; et aurae in nares infliiunt ; etpalato ingeritur, quod gignat saporem ; et corpori nos’troapplicantur lactu sentienda. Itinc putavit et ex oculisnostris nihil foras proficisci, sed imagines rerum in oculosultro meare. Cujus opinioni répugnât, quod in speculisimago adversa contemplatorem suum respicil : cum de-beat, siquidem a nobis orta recto meatu proficisci tur, pos-teram sut partent, cum discedit, orleuderc, ut læva |æ-