DE LA LANGUE LATINE.
A CICÉRON.
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LIVRE CINQUIÈME.
1. J’ai entrepris d’exposer en six livres l’ori-gine des mots latins. De ees six livres , j’en aicomposé trois avant celui-ci, dans lesquels jetraite de l’ étymologie. Ils sont adressés à Septi-mius. Le premier contient ce qu’on a dit contre ;le second, ce qu’on a dit pour; le troisième, cequ’on a dit sur cette science. Dans les livres queje vous adresse aujourd’hui, je traite de l’originedes mots latins, et, entre autres, de ceux qui sonten usage chez les poètes.
2. Dans chaque mot il y a lieu de considérer,1° la chose d’où ce mot a tiré son origine; 2° lachose qu’il sert à désigner. Ainsi veut-on faireconnaître d’où dérive le mot pertinacia (obstina-tion), on fait voir qu’il dérive de pertendere(tendre avec force vers une chose) ; veut-on faireconnaître la chose à laquelle ce mot a été appli-qué, on fait voir l’objet de la tendance obstinée,qu’on appelle pertinacia, et dont le contraireest la persévérance, qui consiste à persister dansune chose bonne. La science qui a pour objet laraison et l’origine des mots s’appelle chez lesGrecs étymologie ; celle qui a pour objet la chosedésignée, nepi uïijjiaivopÉvtov. Je traiterai indis-tinctement de ces deux sciences dans cet ouvrage ;mais, plus brièvement, de la seconde.
DE LINGUA LATINA.
AD CICERONEM.
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LIBER QUINTUS.
1. Quemadmodum vocabula essent imposita rebus inlingua latina, sex libris exponere institui. De bis trisante hune feci, quos Septumio misi : in quibus est dedisciplina, quam vocant êwp.oXoyixinv. Quæ contra eamdicerentur, volumine primo : quæ proea, secundo : qurcde ea, tertio. In his ad te scribam, a quibus rebus voca-bula imposita sint in lingua latina, et ea quæ sunt inconsuetudine apud poëtas.
2. Quom uniusquojusque verbi naturæ sint duæ, a quare et in quare vocabulum sit imposition (itaque, a qua resit pertinacia quom quæritur, ostenditur esse a perlen-dendo, in qua re sit imposition, dicitur quom demonstra-tur, in quo non debet pertendi et pertendit, pertinaciamesse; quod, in quo oporteat manere, si in eo perstet,perseverantia sit) : priorem illam parlerai, ubi, quor et
3. L’étymologie a ses obscurités, parce quel’origine des mots se perd dans la nuit des temps,ou parce que leur dérivation n’est pas toujoursexacte, ou n’est pas demeurée pure, par suitede l’altération des mots; ou bien encore parceque les mots de notre langue ne sont pas tousd’origine latine; enfin, parce que beaucoup demots ont changé de signification, comme hostis,par exemple, qui désignait autrefois un étrangerappartenant à une autre nation, et désigne au-jourd’hui ce qu’on entendait alors par perduellisj (ennemi avec qui on est en guerre). — 4. Quandle genre ou le cas d’un mot en indiquera plus, manifestement l’origine, c’est sur ce genre ousur ce cas que j’appuierai mes inductions. Pour, justifier cette manière de procéder, je citerai seu-lement le mot impos (qui n’est pas maître de) :il est évident qu’on aperçoit moins dans ce no-minatif l’origine de potentia, que dans l’accusa-tif impotem; et, à son tour, impos est moinsI obscur que pos, qui semble plutôt synonyme depons (pont) que dépoteras (puissant, maître de).— 5. Le temps altère ou efface l’origine de beau-■ coup de mots. Cet homme que vous avez connubrillant de jeunesse et de beauté, vous le voyezaujourd’hui vieux et flétri par l’âge. Trois géné-rations ont passé sur lui et l’ont rendu mécon-I naissable. Aussi, ce que le fleuve de l’oubli a
unde sint verba, scrutantur, Græci vocant ÊTup.oXoyiav,illam alteram —spi (7r;p.x'.vop.ivcov ; de quibus duahus rebusin his libris promiscue dicam, sed exilius de posteriore.
3. Quæ ideo sunt obscuriora, quod neque omnis impo-sitio verborum extat, quod vetustas quasdam delevit;nec quæ extat, sine mendo omnis imposita; nec quærecte est imposita, cuncta manet (milita enim verba lite-ris commulalis sunt interpolata) ; neque omnis origo estnostræ linguæ e vernaculis verbis; et inulta verba aliudnunc ostendunt, aliud ante significabant, ut hostis,nam tum eo verbo dicebant peregrinum, qui suis legibusuteretur, nunc dicunt eum, quem tum dicebant perduel-lem. — 4. In quo généré verborum aut casu erit illustriusundevideri possit origo, inde repetam. Ita fieri oportereapparet, quod recto casu quom dicimus impos obscuriusest esse a potentia, quam quom dicimus impotem; et eoobscurius fil si dicas pos quam impos, videtur enim possignificare potius pontem quam potenlem. — 5. Vetustaspauca non depravat, multa tollit. Quem puerum vidistiformosum, hune vides deformem in senecta. Tertium se-culum non videt eum hominem, quem vidit primum.Quare ilia quæ jam majoribus nostris ademit oblivio lu-gitiva, secuta sedulitas Muti et Bruti retrabere nequit.
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