DE LA LANGUE LATINE, LIV. VIII.
certain que, après avoir atteint le butd’utilité quia fait établir une chose quelconque, il est tout àfait oiseux de se préoccuper d’un autre soin. Orsi, en se conformant seulement à l’usage, onatteint le but de tout langage, qui est la signifi-cation et la clarté, on doit pareillement conclureque l’analogie est superflue.
28 . Dans tout ce qui concerne les besoins dela vie, l’utilité est également la seule règle denotre conduite. Ainsi, dans les vêtements deshommes et des femmes, quoique la toge neressemble en rien à la tunique, ni l’étole aupallium, on n’a pas laissé d’accepter cette dis-cordance. — 29 . Pareillement dans les édifices,quoique l’atrium ne ressemble pas au péristyle,ni une chambre à coucher à une écurie, nousacceptons ces dissemblances à cause de l’utilité.C’est pourquoi les salles à manger d’hiver etd’été ont des portes et des fenêtres de forme dif-férente. — 30 . Si donc dans les vêtements, dansles édifices, dans les meubles, dans les aliments,en un mot dans tout ce qui concerne les besoinsde la vie, règne la dissimitude, pourquoi la con-damnerions-nous dans le langage, dont la basefondamentale est l’utilité?
31 . On objectera peut-être qu’on doit seproposer dans le langage le double but de lanature, c’est-à-dire l’utilité et la beauté; que,dans nos vêtements, nous recherchons, non-seulement un préservatif contre le froid, maisencore l’élégance; que nous aimons à trouverdans une maison , non-seulement un abri et unasile, où la nécessité nous contraint à nous ré-fugier , mais encore un séjour agréable, où leplaisir nous retienne; que nous buvons avecplus de plaisir dans une coupe sculptée par la
scrutari quom sit nimium otiosi, et cum utilitatis causaverba ideo sint imposita rebus, ut ea significent, si idconsequimur una consueludine, nihil prodest analogia.
28. Accedit, quod, quæcunque usus causa ad vilainsint assumpta, in bis necesse utilitatem quærere, nonsimilitudinem ; itaque in vestitu quom disshniilima sit vi-rilis toga tnnicæ, muliebris slola pallio ; tamen inæquabi-litatem banc sequimur niliilo minus. — 29. In ædificiis,quom non videamus habere atrium ad 7tepiaT\j),ov simili-tudinem, et.cubiculum ad equile : lainenpropter utilitatemin bis dissimililudinesqiotius quam similitudines sequi-mur; itaque et hiberna triclinia et æstiva non item val-vata ac fenestrata facimus. — 30. Quare quom ut in ves-titu, ædiliciis, sic in supellectile,cibo,ceterisque omnibusquae usu ad vitam sunt assumpta, dominetur inæquabi-litas : in sermone quoque, qui est usus causa constitu-as, ea non repudianda.
3t. Quod si quis duplicem putat esse summam, adquas mêlas naturæ sit perveniendum in usu, utilitatis etelegantiæ ; quod non solum vestiti esse volumus nt vite-nius frigus, sed etiam ut videamur vestiti esse lioneste ;non domum habere ut simus in lecto ettuto solum, quonécessitas contruserit, sed etiam ubi voluplas retinere\iossit ; non solum vasa ad victum habilia, sed etiam fi-
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main habile d’un artiste, que dans unesébillegrossière, parce que ce qui suffit aux besoinsdu corps ne suffit pas à ceux de l’esprit. Loin de fa-voriser les partisans de la similitude, cette objec-tion, fondée sur l’alliance naturelle de l’utilitéet du plaisir, justifie mon opinion; car c’est dela variété que naît le plus souvent le plaisir. —
32 . C’est pour cela qu’on revêt d’un vernis diffé-rent des chambres de forme pareille, et que leslits n’ont point tous la même grandeurni lamêmeforme. Si la similitude était une condition néces-saire d’un bel ameublement, tous les lits auraientla même forme ; ils seraient tous ornés de co-lonnes , ou sans colonnes ; les lits de table seraientde la même hauteur que les lits destinés au cou-cher; et la vue d’un ameublement où brillel’ivoire, et que l’art a embelli d’ornements di-vers , ne réjouirait pas plus nos yeux que cellede ces lits grossiers qui ont presque tous lamême forme et sont faits de la même matière.C’est pourquoi, ou il faut nier que la diversitésoit agréable, ou, puisqu’on ne saurait nier cettevérité, convenir que, en sé complaisant dansla variétédu langage, l’usage n’est point contraireà la nature.
33 . Si nous sommes forcés d’observer l’ana-logie, nous avons à suivre ou celle qui est adop-tée par l’usage, ou celle qui ne l’est pas. Dans lepremier cas, nous n’avons pas besoin de pré-ceptes, parce que, si nous suivons l’usage, l'a-nalogie usuelle nous suivra d’elle-même; dansle second cas, nous sommes dans la nécessité derecourir à l’art. Supposez deux mots, commeJuppitri et Maspitrem : en dépit de votre répu-gnance, vous ne pouvez que suivre l’usage;car celui qui, dans ces deux mots, voudrait sub-
gura bella atqne ab artifice (quod aliud liomini, aliud lui-manitati salis est; quodvis sitienti poculum liomini ido-neum, liumanitati, nisi hélium,parum);sed cum disces-sum est ab ulilitate ad voluptatem : tamen in eo ex dissi-inilitudine plus voluptatis, quam ex similitudine, siepecapitur. — 32. Quo nomine et gemina conclavia dissimiliterpoliunt, et lectos non omneis paris magnitudine ac figurafaciunt. Quod si esset analogia petenda supellectili.omneslectos haberemus domi ad uuam formam, et autcum ful-cro, aut sine eo , nec, cum ad tricliniarem gradum, itemad cubicularem : neque potiusdelectaremur supelleclile,distincts quæ esset ex ebore, aliisque rebus disparibus fi-guris, quam grabatis, qui àvà Xôfov ad similem formamplerumque eadem maleria fiunt. Quare aut negandum,nobis disparia esse jucunda; aut quoniam necesse estcon-fiteri, dicendum, verborum dissimilitudiiiem quæ sit inconsueludine, non esse vitandam.
33. Quod si analogia sequenda est nobis : aut ea nobisobservanda est quæ est in consueludine, aut quæ non est.Si ea quæ est sequenda est : præceptis nihil opns est,quod, quom consuetudinem sequamur, ea nos sequetur;si, quæ non est in consueludine, quæremus : ut quisqneduo verba in quattuor formis finxerit similiter, quamvishæc nolemus, tamen erunt sequenda, ut Juppitri, MarS-
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